Un équilibre fragile et intranquille

Claire Dantzer Valles 2015 - 1

Claire Dantzer, 2015 — vue d’exposition — au centre : Tentative d’analyse de la lumière ou du principe optique à géométrie variable (miroirs, tubes fluorescents, barres polycarbonate, 1 m 3) — au mur : Miroir sans teint et autres essais (tubes fluorescents, dorure à la feuille de cuivre et aluminium sur panneaux)

« Tout est design » affirmait Ettore Sottsass, les œuvres abstraites minimales qui se déploient au rez-de-chaussée de l’espace Vallès en serait-elles une nouvelle confirmation ? Oui, parce que c’est beau. Parce que c’est esthétique. À vrai dire, on hésite au moment de lancer une telle affirmation, tant le jugement qu’elle exprime est risqué dans un lieu d’exposition d’art contemporain. Beau, esthétique, sont des mots disparus du discours sur l’art et les œuvres qui les revendiquent prennent un risque avec la Critique. Mais ce que donne à voir l’espace Vallès est un peu différent ; le sentiment du beau que suscitent les formes et les matières des œuvres de Claire Dantzer ouvre sur autre chose qui le dépasse. Les galeristes et l’artiste ont en effet réussi une installation, pas seulement une exposition, qui fait des œuvres réunies une œuvre unique pour une expérience particulière. Dès l’entrée le regard est frappé d’un éblouissement ; l’éclat d’une construction échevelée dont la complexité syncopée se déploie aux confins du réel et du virtuel par l’effet de miroirs. Tant de lumière assombrit les murs immaculés alentours sur lesquels, encadrés de tubes fluorescent blancs, des surfaces or et argent opposent une rigoureuse et sereine géométrie. En retrait, presque cachées, quatre toiles abstraites dont les espacements suggèrent deux dytiques. Leur richesse est celle des icônes, le regard ne peut se détourner, les mots échappent, seul le silence… « Ne le dis à personne« .

Claire Dantzer Valles 2015 - 2
Espace valles DantzerL’expérience est d’une spiritualité qui surprend le cœur et attache le regard. On est loin de l’image du carton d’invitation : blanche-neige perdue dans une végétation qui menace de l’ensevelir. Image inquiétante au contraire de celle sereine qui accueille le regardeur. Quoique…

L’expérience ne s’arrête pas là. Elle se prolonge à l’étage où l’on découvre une autre artiste. Une toute autre exposition. Claire Dantzer offre là des œuvres sombres et troublantes, voire aux limites du supportable. C’est cet art que l’on redoute et dont l’art contemporain semble s’être fait une spécialité. Un art qui interpelle, qui interroge avec brutalité le regardeur sur un monde improbable, qui défie le pensable et pourtant bien réel. En haut de l’escalier, des portraits au crayon de tueurs cannibales ; on ne sait pas si l’effroi vient des visages ou de ce que l’on en sait. Sentiment de malaise plus grand encore lorsque, alors que l’on regarde ces dessins, on entend des hurlements incessants. Une vidéo tourne en boucle. Une femme crie en se balançant au rythme d’un angoissant rituel que l’on ne peut longtemps regarder sans en souffrir. On ne peut arrêter l’image, passer à autre chose, alors on se retire. On redescend de l’enfer pour retrouver l’univers or et argent baigné d’une lumière rassurante, parmi les miroirs sans teint et autres essais, les tentatives d’analyse de principes optiques à géométrie variable. Mais lumière rassurante seulement car elle ne peut occulter les interrogations sur ce que l’on vient de voir et que l’on ne pourra oublier. L’exposition, avec ces deux espaces, prend un sens profond, reflet d’un monde dans un équilibre fragile et intranquille entre les deux pôles d’une réalité si belle et si terrible.

ligne blanche

Après la visite de l’exposition de Claire Dantzer, « Ne le dis à personne« , Espace Vallès — jusqu’au 31 octobre 2015.

Illustrations (photographies de l’auteur, courtoisie Espace Vallès) : (1a) Claire Dantzer, Tentative d’analyse de la lumière ou du principe optique à géométrie variable, 2015 (miroirs, tubes fluorescents, barres polycarbonate, 1 m 3) ; (1b) Claire Dantzer, Miroir sans teint et autres essais, 2015 (tubes fluorescents, dorure à la feuille de cuivre et aluminium sur panneaux) ; (2) Claire Dantzer, sans titre ; (3) carton d’invitation (informations à compléter).

Citation : Ettore Sottsass, « Tout est design, c’est une fatalité« , in Le Monde 29/08/2005



Catégories :art contemporain, choses d'ici, regardeur

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