Bohnchang Koo, mémo pour une expo

Le musée Géo-Charles (Échirolles), en collaboration avec la galerie Camera Obscura (Paris), présente jusqu’au 30 mars une exposition élégante, sensible et précieuse sur le thème « White« , le blanc, autour de photographies de Bohnchang Koo.

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Bohnchang KOO, Série Vessel, 2007
© Galerie Camera Obscura, Paris

Les images de l’artiste coréen Bohnchang Koo évoquent une recherche esthétique et philosophique sur le temps, le rapport au monde et à l’histoire ; c’est-à-dire à nous-même. Les photographies présentées par le musée Géo-Charles appartiennent à deux séries, celle des poteries (Vessels) et celle des traces (White). Elles partagent la particularité d’être des images d’une réalité, objets ou végétation, dont la photographie témoigne et dont, dans le même temps, elle nous éloigne pour provoquer une perception proche de celle du souvenir. Il n’y a pas de doute sur la présence mais une comme incertitude qui sollicite la pensée. La technique est très exigeante : négatif de grand format, longs temps de pause pour créer une représentation graphique plus que photographique dans laquelle la ligne désigne la forme, suggère la présence. Les poteries de la série « Vessels » appartiennent à l’histoire de la Corée, porcelaine blanche de la dynastie Joseon qui a régné plus de cinq siècles sur la Corée (1392-1910). Ainsi les images sont-elles à la fois des témoignages de l’histoire et un propos sur la mémoire ; blanc sur blanc, certains clichés sont aux limites de l’absence, du silence.

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Bohnchang KOO, Série White, 2003
© Galerie Camera Obscura, Paris

La série « White » explore les traces de la disparition, celle d’une végétation dont il ne reste plus de sa tentative de coloniser un mur blanc que quelques tiges sèches. Les traces ténues décrivent sur le mur des lignes délicates et incertaines, l’origine ligneuse s’efface, devient énigme : cheminements ou dendrites ? La mémoire s’évade… L’exposition offre d’autres associations possibles au regardeur : les lignes hiératiques de Pierrette Bloch, les paysages de Gilles Balmet ou les traces de Giuseppe Penone, plus loin encore les variations sur le blanc, l’absence et le silence de Joost Baljeu, Eric Bourret, Andreas Christen, Dadamaïno, Herman De Vries, Norman Dilworth, Pierre Gaudu, Etienne Hajdu, Olivier Mosset, Aurélie Nemours, Roman Opalka, Gérard Pascual, Ulrich Rückriem, A. Stella, Richard Tuttle, Ossip Zadkine.

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Bohnchang Koo. ‘Slow Talk’ 21/11/2013 – 25/01/2014 from Ivorypress on Vimeo.

Chacun repartira avec sa moisson d’idées et d’émotions qui, longtemps, nourriront la réflexion que peut susciter cette exposition. Pour ma part, je retiendrai plus particulièrement les « détails » de Roman Opalka et le tissage de Pierrette Bloch.

De 1965 jusqu’à la fin de sa vie en 2011,  Roman Opalka a égrainé la suite des nombres entiers, d’abord en blanc sur un fond noir, puis à partir de 1972 sur un fond qui chaque année a reçu 1% de blanc additionnel. Les trois dernières années, le fond et l’écriture ne se sont plus distingués plus que par le choix du matériau, blanc de zinc pour l’écriture, blanc de titane pour le fond. Tension entre permanence et effacement qu’il faut rapprochée de la série des autoportraits photographiques que le peintre réalisait à la fin de chaque séance de travail. Permanence et effacement, œuvre d’une vie. Rester soi dans le mouvement permanent du disparaitre puis, pour achèvement, « la mort comme instrument d’une œuvre »,  la vie comme œuvre.

« Fondu au blanc : Roman Opalka« , Archive INA 

Des brins de crin naturel noués tissent un treillis d’abord serré puis plus plus aéré fait écho à l’arithmétique évanescente d’Opalka. Un rapprochement hardi serait l’évocation d’une assemblage de quipus, cette représentation pré-colombienne des nombres par des nœuds le long de cordelettes. Depuis le milieu des années 80, Pierrette Bloch tisse une œuvre qui passe du point à la ligne, s’étend en surfaces. L’espace se substitue au temps, ou, plus précisément, il donne au temps une nouvelle consistance, une texture, une présence rugueuse et fluide. Ainsi, la Grande maille de crin de Pierrette Bloch déploie sous la cimaise du musée Géo-Charles un maillage serré, à la fois rêche et délicat dont le tombé devient de plus en plus léger, transparent et fragile comme un effacement.

« Portraits de femmes artistes : Pierrette Bloch« , Archive INA

Un livret pédagogique a été préparé par le musée Géo-Charles pour cette exposition, il est disponible [ici]



Catégories :art contemporain, choses d'ici, Musée Géo-Charles, regardeur

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