Une sensualité silencieusement explicite

Elemar Trenkwalder, WVZ 177, 2014

Elmar Trenkwalder, WVZ 177, 2014 (MUDAM vue d’exposition)

Au bout d’une passerelle vitrée bordée d’une colonnade d’une délicate extravagance [*], une sculpture sacrée s’élève au cœur du petit pavillon octogonal du MUDAM à Luxembourg. À vrai dire, pas exactement une sculpture mais des sculptures érigées dans un mouvement accentuant l’élan de la plus grande d’entre-elles vers le sommet de la verrière à clocheton. L’ensemble évoque une architecture priapique ou bien une statuaire hiératique dont la signification indéfinie oscille entre évocation humaine, végétale voire celle d’une minéralité sensuelle que dessinent des formes douces et fermes, à la surface reluisante d’une liqueur cristalline.

Au commencement est l’argile, eau et matière. On imagine les mains d’Elmar Trenkwalder parcourir la pâte et de leurs caresses faire éclore la sensualité à la fois impudique et retenue, silencieusement explicite, qui émane de ses créations. Sensualité séminale. Vient ensuite la cuisson selon les règles de l’art ; réglée avec précision, elle fixe l’ouvrage, le durcit et l’éclaire. La finesse de la céramique laisse percevoir une voluptueuse fragilité qui met le regardeur en éveille. Chacune des sculptures et leur mise en espace font entendre le silence d’une attente, crainte ou espoir, comme lorsque l’on retient son souffle, lorsque le temps est suspendu mais que quelque chose va advenir. Entre l’œuvre et le regardeur une relation se noue, s’éprouve et réalise le projet du sculpteur : « J’essaie de transmettre la structure de la « forme intérieure » de ma vie à la sculpture, qui correspond pour moi à la cristallisation finale d’une condition fluide. « 

Trenkwalder WVZ 177 2014 et WVZ 88 2008

Elmar Trenkwalder, WVZ 177, 2014 (premier plan, détail), et WVZ 88, 2008 (au mur) (MUDAM vue d’exposition)

Installée et organisée comme une architecture savante et sacrée, passer les premiers moments d’émotion, la silhouette de l’œuvre ne manque pas d’évoquer les temples montagne d’Angkor alors que le cartel, WVZ 177, renvoie aux images fantastiques de bandes dessinées de fiction. Mais ces rapprochements ne tiennent pas longtemps. Certes l’architecture est imposante et extraordinaire mais elle ne domine pas le regardeur, il est avec elle de plein pied. Elmar Trenkwalder postule que « toutes les constructions humaines sont en relation avec l’échelle du corps« , ainsi ses sculptures par leurs proportions et leur matière sont-elles dans un rapport d’intimité. WVZ 88, suspendu non loin, est un reflet fidèle  de l’œuvre à sa périphérie alors qu’en son centre il renvoie le reflet de mouvements échevelés. Image déstabilisante qui soumet au regardeur l’interrogation fondatrice de l’expérience qu’il partage à cet instant ; comment « trouver l’équilibre possible entre l’intérieur et l’extérieur » ?

Après la visite de l’exposition Elmar Trenkwalder, MUDAM Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (05/10/2013 – 09/03/2014)

Illustration (photographie de l’auteur, courtoisie MUDAM Luxembourg) : (1) Elmar Trenkwalder, WVZ 177, 2014 (vue d’exposition) ; Elmar Trenkwalder, WVZ 177, 2014 (premier plan, détail), et WVZ 88, 2008 (second plan) (vue d’exposition).

Citations tirées de « Sculpture en céramique, peinture extatique, la ramification de l’ironie et du sérieux » Elmar et Elisabeth Trenkwalder Entretien avec Frédéric Bouglé, commissaire de l’exposition, Directeur du Creux de l’enfer.

 



Catégories :art contemporain, regardeur

Tags:,

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :