La pleine lune, les étoiles, la lumière. Parfois, l’ombre…

La création scientifique est œuvre de raison, la chose est entendue. Serait-elle aussi le fruit de l’émotion et de la sensibilité ? La chose est débattue. C’est que le discours scientifique laisse dans l’ombre avec pudeur, ou peut-être avec embarras, le témoignage des sentiments et des ravissement qui accompagnent la recherche. Pris dans des formes convenues, toutes entières dédiées à l’examen scrupuleux et au débat objectif, ce discours s’abstrait du beau et du singulier, se dégage des circonstances et de l’instant. Pourtant, toute création ne relève-t-elle pas d’une poétique ? Ne faut-il pas chaque fois se confier à l’incertain et oser un engagement de soi pour faire surgir dans l’espace de la connaissance plus que ce que la logique de la découverte scientifique pourrait livrer par les seuls mécanismes de la raison. Le chercheur invente autant qu’il découvre, sa géniale intuition et ses audacieuses conjectures doivent autant à une esthétique des idées qu’à la rigueur du jugement. Ainsi, à l’aube du vingtième siècle, Poincaré témoignait-il d’une « sensibilité esthétique spéciale » sans laquelle le mathématicien, mais gageons qu’il en va de même de tout scientifique, « ne sera jamais un véritable inventeur ».

L’écriture de Sebastian Amigorena, chercheur en immunologie et biologie cellulaire, exprime cette sensibilité dans une forme poétique affranchie de la métrique pour mieux accompagner l’oscillation constante entre émotion et raison. Peut-être ce soir, au cours du séminaire de Transitions, l’auditeur pourra-il faire l’expérience de ce mouvement structuré par la raison, nourri par l’imagination :

« La mer décompose la lune et le soleil en salves de feux intermittents. L’aspérité mobile de sa surface miroitante transforme ces sources continues de photons lointains en flots saccadés de flèches brillantes. La fréquence et la densité de leurs éclats s’estompent latéralement en s’éloignant de l’axe vertical de leur source. Jeux de lumières, ils nous suivent du regard. Les reflets sont incompréhensibles, incontrôlables. Tentatives désespérées de maîtriser l’immaîtrisable, les miroirs créent un abîme encore plus énigmatique, qui nous transforme en semblables étrangers. Par la même alchimie humide, les jours de pluie, sur les rues désertes, les reflets rallongent toute source de lumière jusqu’à la douleur.

Sebastian Amigorena, 18/01/2014, « Instants n° 3 », in Transition / Juste un poème n°8

Chacun de ses textes fonctionne comme un tableau dont la matière est la connaissance, l’architecture est l’écriture poétique qui crée les lignes et les formes dans lesquelles se glisse notre imagination. Écouter, voir. Fermer les yeux et flâner parmi des images à la fois étrangères, familières et nouvelles que la science toujours plus éloigne et la poésie, ici, rapproche… « La pleine lune », « Les étoiles », « La lumière », « Parfois, l’ombre »…

 



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