La prosopopée du néotène

Lettre d’Hélène Merlin-Kajman parue sur le site de Transitions
volontiers rediffusée à l’invitation des éditeurs.

« Nous sommes tous des singes inaboutis »

Ces jours-ci, venues d’un dialogue entre science et littérature, des phrases me reviennent en mémoire : « Je suis un vieil animal prématuré et pourtant il faut encore que je me finisse. Je ne suis ni fait, mais à faire ? »

La prosopopée du néotène écrite par Alain Prochiantz dans La Génisse et le Pythagoricien (en collaboration avec Jean-François Peyret) m’a fait rire quand je l’ai lue pour la première fois [1]. Un rire très joyeux, je précise : « Nous sommes tous des singes inaboutis ». Ouf ! Quelle chance !

Aujourd’hui, j’ai envie de sortir dans les rues pour la clamer partout en essayant de ne pas quitter cette gaieté vraiment joyeuse, dans l’espoir un peu fou de la communiquer. Sortir indignée, sortir en colère, mais rester joyeuse : « Moi, le néotène, je me trouve donc fondamentalement placé dans la position d’avoir à m’arranger comme je peux avec l’irrémédiable folie d’une espèce jetée dans le monde sans pouvoir l’habiter ».

Privilégier la figure de la transition, c’est penser l’histoire comme un métissage sans fin. C’est accepter résolument cette « irrémédiable folie » de notre espèce afin d’œuvrer non moins résolument à ce qu’elle soit moins folle et que le monde soit plus habitable.

« Néotène : Je suis un vieil animal prématuré, un sous-singe, une erreur de la nature […] Vous savez dans quel état j’étais le jour de ma naissance. […] je ne savais même pas ramper. Et d’une dépendance à ma mère ! Je n’avais même pas de dent (de lait). Né édenté ».

… Émerveillement des transitions… Les unes exactes, et c’est la physique ; les autres inexactes, et c’est la littérature, immature, qui écoute celles des sciences à travers le prisme des métaphores… Le tout fait un dialogue passionnant avec Sébastien Balibar

« Aujourd’hui, après des détours, je suis enseignant en français au collège. Et les détours ne sont pas terminés », nous confie Laurent-Alain Carceles dans sa réponse à notre questionnaire sur la littérature

Et Gilbert Cabasso, sur une citation de Musil, évoque « des heurts à peine perceptibles d’où pourrait naître quelque chose de neuf ».

[1] Jean-François Peyret, Alain Prochiantz, La Génisse et le Pythagoricien. Traité des formes I, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 157-161.



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