« Le Bidet bleu »

Cette année encore, de passage à Sarrebruck, j’ai voulu visiter le musée d’art moderne dont on sait la qualité des œuvres de l’expressionnisme allemand, mais pas de chance : fermeture pour cause de travaux. L’an prochain peut-être… à vrai dire, cette fermeture n’est pas hermétique. Un petit cheval bleu a pu s’échapper, il attend le visiteur un peu plus loin dans une exposition qui lui est toute entière dédiée au Musée de la Sarre.

« Das blaue Pferdchen » : « Le petit cheval bleu » ou… « le bidet bleu » ? Cette dernière traduction du titre allemand de ce tableau de Franz Marc [*] (1912) peut étonner, pourtant c’est ce que suggère une traduction littérale. Ce choix ne serait pas démenti par la silhouette qui se détache en premier plan : un « petit cheval trapu et vigoureux », pour reprendre les termes de la définition que le trésor de la langue française nous donne pour « bidet » [*] ; ce n’est, en tout cas, pas un petit cheval pataud comme le décrit le texte de commentaire en français placé à proximité du tableau sur le mur d’exposition.

Il est intéressant de regarder ce tableau à la lumière d’un aphorisme de son auteur qui prend la forme d’un théorème : « Chaque chose possède son enveloppe et son noyau, son apparence et son essence, son masque et sa vérité« . Ce tableau en est une preuve !

Le langage de la preuve est ici celui des couleurs qui dessinent des régions bien distinguées et s’articulent pour construire la silhouette du poulain. Les formes sont douces mais affirmées, les couleurs mettent le petit cheval au premier plan sans le détacher de l’ensemble avec lequel il entre en résonance — celui des couleurs fondamentales dont procède toute la palette. Le tableau a ainsi une fraicheur, un dynamisme et une simplicité qui le rattachent à l’univers enfantin. Le regardeur est enchanté lorsqu’il est enfant, adulte, il perçoit le propos sur la naissance, la venue au monde et ses promesses. Ce que suscite en nous de plaisir et d’émotion la vue d’un jeune trait comtois puissant et léger, se retrouve dans ce tableau : au-delà de l’évidence émotionnelle, la perception d’une vérité originelle.

« La puissance d’approfondissement du bleu est telle qu’il devient plus intense justement dans les tons les plus profonds et qu’intérieurement son effet devient plus caractéristique. Plus le bleu est profond, plus il attire l’homme vers l’infini et éveille en lui la nostalgie du Pur et de l’ultime suprasensible. C’est la couleur du ciel tel que nous nous le représentons au son du mot ciel. Le bleu est la couleur typiquement céleste. » (Kandinsky)

Après la visite de l’exposition « 100 Jahre – Das Blaue Pferdchen » au musée de la Sarre à Sarrebruck (12 juillet – 2 décembre 2012)

Illustration : affiche de l’exposition « 100 Jahre — Das Blaue Pferdchen » (photographie de l’auteur)
Citations : Franz Marc, Les cents aphorismes, La seconde vue (traduction L. Bonzon), Fourbis, 1996 p.9 (cité par Philippe Dagen, Le silence des peintres, Fayard 1996 réédition Hazan 2012, p.241) — Kandinsky, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, 1954 (édition consultée: Folio essai n°72, p. 149)



Catégories :art moderne, regardeur

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