Le portrait, à voir et à penser

La décision de quitter son pays peut avoir bien des motifs. L’actualité nous porte à invoquer d’abord les raisons économiques ou politiques plus rarement les raisons existentielles : quitter son pays se trouver, pour s’extraire de l’emprise d’une histoire et d’une culture. Mais si l’exilé a quelque chance d’être distingué et reconnu là où il se pose, pour autant il n’en aura pas si facilement fini avec sa problématique existentielle ; son environnement verra en lui l’étranger avant la personne. C’est ce qui arrive aux hommes et aux femmes britanniques exilées en Dordogne dont la galerie de portraits est déployée sous les cimaises du musée Géo-Charles. Britanniques en France, il leur faut encore affirmer leur personnalité au-delà de leur nationalité. Rip Hopkins leur offre le portrait photographique pour s’exprimer, avec intelligence et sensibilité. Chaque portrait est un arrêt sur image sur le théâtre d’une vie. Cadrage équilibré, organisation de l’espace élégante et rigoureuse, couleurs et profondeurs sans contorsions esthétiques, la photographie s’efface dans la perfection pour laisser la place à la personne sur laquelle se concentre le regard. Chaque image flirte avec le pathétique et le grotesque, mais si le sourire souvent s’impose, l’empathie ou la compassion ne sont jamais très loin. On reconnait cette « pression de l’indicible qui veut se dire » dont parle Roland Barthes. Au-delà du portrait particulier qu’elle montre, l’image fonctionne comme un miroir paradoxal : on ne peut s’identifier au personnage mais la force de son affirmation de soi suscite une interrogation sur nous-mêmes. Rip Hopkins donne à voir et à penser. On peut être amusé, surpris, attendri, interloqué, choqué mais au fond on est ramené à sa propre image. C’est la force de cette exposition qui pose la question de la possibilité d’une identité et de son rapport au monde dans lequel elle se construit.

L’exposition  de la série
« Another country, les britanniques en France » de Rip Hopkins
se poursuit au musée Géo-Charles jusqu’au 4 novembre 2012

« Another Country » est publié par les éditions Filigranes

Note : La  série « Another country, les Britanniques en France » est présentée par le musée Géo-Charles dans le cadre de l’exposition « Rip Hopkins et Martin Parr, Photographies« . Deux regards sur l’Angleterre que rapproche un sens britannique de l’humour, mais qui procèdent de démarches intellectuelles et esthétiques très différentes. « Think of England » de Martin Parr parle de « L’Angleterre des robes à fleur, des pelouses et du kitch balnéaire. La parfaite vision touristique de l’Angleterre » (Gerry Bardger, 2007). Ces images sont fortes et m’ont retenu, mais il m’était difficile de les rapprocher intellectuellement de celles de Rip Hopkins et d’en parler vraiment dans le même billet. Mais allez voir et vous nous direz…

Illustrations (courtoisie Galerie Le Réverbère, © Rip Hopkins) : (1) Rip Hopkins, « Si une porte s’ouvre, jette un coup d’oeil », série Another Country – Les britanniques en France, 2009 ; (2) Rip Hopkins, « Jamais dure longtemps », série Another Country – Les britanniques en France, 2009.

Citations : (1) Rolland Barthes, La chambre claire, Cahier du Cinéma Gallimard Seuil, 1980 (p.37) ; (2 / en note) Gerry Badger, La tendre Albion, Phaidon, réimpression brochée, 2007.

 



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