Provocation ludo-kitsch de saison

(1) vue du marché sur la Breitscheidplatz (Berlin), à droite le Traffic tree (Thomas Plattner, 2009-2011)A quelques pas de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirch, vigie scrutant le ciel de l’histoire et le retour des démons, un marché de Noël déploie sa magie pour qui a encore le regard d’un enfant. Il est vrai qu’avec l’âge, désabusé, on ne retient plus que les baraquements provisoires et leurs lumières clinquantes dans l’odeur insistante des saucisses grillées. La foule s’affaire pour trouver les babioles que les anges de la globalisation ont préparées pour satisfaire les appétits de la fête. Nous sommes loin des marchés du XV° siècle. Le rituel a succédé à la tradition, on y sacrifie sans trop savoir le sens que tout cela peut avoir. Pourtant, ça ne fonctionne pas si mal. La force grégaire de la foule acheteuse et la chaleur de la lumière font leur effet. On se laisse glisser dans le rêve, jusqu’à ce que… jusqu’à ce que le feulement d’un dragon caché aux abords du marché, attire l’attention.

Un immense sapin d’acier domine du haut de ses douze mètres la Breitscheidplatz, comme une note marginale au crayon gras mettant en garde le chaland : consommez, consommez, il n’en restera que des déchets indestructibles (comme les vieux rêves d’enfant, n’est-ce pas ?) Le message parait clair, simple, peut-être trop simple même pour qui ne peut comprendre les quelques explications en allemand (que les traducteurs en ligne peinent à deviner). Cette parodie d’arbre de Noël, comme la désigne son concepteur Thomas Plattner, est formée de 1000 pièces assemblées à la manière d’un mécano géant, par vissage, décorée d’objets de brocante (plutôt que d’une décharge) et de lance-flammes qui tiennent lieu de bougies… On peut être choqué ou  amusé, mais c’est surtout la curiosité qui arrête le passant. Une création en forme de provocation, sculpture performance, interpellation ludique et kitsch qui, au-delà de la polémique, suscitera peut être la réflexion et les bonnes résolutions pour la nouvelle année. Soyons fous.

 

Illustrations (photographies de l’auteur) : (1) vue du marché sur la Breitscheidplatz (Berlin), à droite le « Traffic tree » (Thomas Plattner, 2009-2011) ; (2) et (3)  détail de Thomas Plattner, Traffic tree, 2009-20011.

Générique : design de l’installation Thomas Plattner, réalisation pour la sculpture Odo Rumpf (Cologne), pour les feux Eddie Egal (Berlin) et pour l’échaffaudage Uwe Odendahl (Cologne). Illustration Maja Thommen.



Catégories :art contemporain, regardeur

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1 réponse

  1. Voici une traduction libre du texte [*] qui accompagnait la version 2009 de « Traffic tree » :

    « Les costumes de Jim Whiting [*] filent le long des routes d’acier, indifférents aux feux rouges. Les bruleurs formidables pulsent dans la nuit, les panneaux tournent comme des guirlandes dans le boucan des haut-parleurs qui déversent le programme de Noël : „berlin lacht“ (« Berlin rit ») . Eddie [*] chauffe l’ange à la poitrine nue sous la jupe. Le dinosaure de Odo [*] crache feux et flammes, des boites de conserve récupèrent les huiles de carcasses de voitures qui tiennent lieu de cadeaux de Noël au pied du sapin. Enfin les services de la sécurité routière ont vraiment quelque chose à faire. Joyeux Noel ! »
    odo rumpf, 2008

    Merci à Agathe M. pour son aide.

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