Sonate à Wellenstein

De ce texte court, sans ornements,  au son très pur, s’élève la musique pathétique et secrète de la mémoire. Pour l’entendre, le lire à haute voix, comme l’auteure voulait qu’il le soit.

Silence… on soulève la couverture sur laquelle un paysage et un visage se confondent… écoute… « Mon enfant me regarde et me dit / je ne sais rien de toi qui es-tu »… l’incipit introduit le premier thème par cette sorte de question dont les enfants seuls ont l’intuition de l’urgence. Puis une autre question vient qui ouvre un autre thème : « chez qui habitons nous « . Il n’y a pas de réponse, mais l’émergence de deux mémoires qui se mêlent sans jamais se confondre : celle de la petite fille que fut la narratrice, celle du petit Wellenstein qui ne fut qu’enfant. Les échos de ces deux moments enflent, emplissent le livre, envahissent le regard que la mère pose sur son fils. Ces deux questions son enfant, lui, les a déjà oubliées, occupé à ses jeux ou préoccupé par sa faim impérative, opposant la  vie à la mémoire. Cet enfant qui n’est plus tout à fait son enfant, cet enfant qui échappe et déjà a adopté la langue de son nouveau territoire. Sous le ciel de Berlin, où rien ne bouge, des mouvements insignifiants font basculer les histoires. Seuls restent, inaltérables, vivaces, les souvenirs de ces enfants effrayés, le petit garçon campé sur « ses membres si fins si blanc » et la petite fille « aux jambes grêles ». Il n’y a pas de réponses aux questions oubliées, des traces seulement de leur affleurement, celles de fantômes qu’il faut bien garder car où iraient-ils si on les abandonnait.

Après la lecture de : Marie Ndiaye, Y penser sans cesse, Arbre vengeur, 2011 (citations tirées des pages 8, 13, 41, 40)
Illustration : couverture de l’ouvrage, photographie de Denis Cointe.



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