Voir ou conduire, comment choisir ?

Monumental, le vainqueur des Pyrénées surgit à l’horizon de l’autoroute A64, au kilomètre 129, jetant ses bras vers le ciel dans un geste de libération et de gloire. Le V de la victoire. L’ouvrage interpelle, il incite au détour par l’aire de service sur laquelle il se dresse.

Le Tour de France de Jean-Bernard Métais est une sculpture imposante. Elle reprend une imagerie populaire dont les plus anciens se souviennent avec un rien de nostalgie. Les géants de la route ! Les titans du Tour campés dans des postures qui disent l’effort et la détermination. Derrière le premier à l’arrivée qui explose de joie sous les couleurs emblématiques des vainqueurs, le peloton lutte encore, jusqu’au dernier qui entame la montée sur le ruban d’acier, fondu dans la grisaille. Personne ne renonce. La grand boucle est une affaire d’équipe mais aussi une aventure personnelle, un engagement qui requiert courage et endurance. On est loin des rumeurs de dopage et des échos du récent caillassage de la caravane publicitaire.

Peut être trouvera-t-on l’œuvre grandiloquente, reproche souvent fait aux œuvres qui répondent à ce type de commande publique, relève Gilbert Smadja dans un rapport pour le Conseil général des ponts et chaussés. Certes, mais n’est-ce pas là la conséquence difficilement évitable d’un cahier des charges qui réclame à la fois que soit signalé à l’automobiliste « la présence d’éléments marquants du patrimoine de ces régions » et qui exige que l’œuvre soit « non perturbatrice du comportement du conducteur usager. » En quelque sorte, voir ou conduire… dilemme du législateur.

La création de Jean-Bernard Métais est, semble-t-il, l’une des premières commandes après l’extension en 1996 du principe du 1% culturel aux espaces autoroutiers. Elle satisfait les contraintes du genre avec intelligence. Ce qui est donné à voir est intelligible pour le plus grand nombre, en jouant sur le levier restant à l’artiste : la « sur-visualisation » dans un genre qui rappelle celui de la bande dessinée — celui de la « ligne claire » évidemment. S’agit-il d’art ? Sans aucun doute. Il faut, pour le reconnaitre, refuser le dogmatisme intellectuel. L’intelligence sensible de l’artiste démontre une nouvelle fois ce que les arts plastiques peuvent apporter en associant la force matériel du monumental à celle, symbolique, de l’image. Une image qui, ici, ne trie pas les regards sur des critères élitistes — mais peut-être sur ceux du goût, c’est là une autre affaire.

Illustrations : détails de la sculpture monumentale de Jean-Bernard Métais, Le tour de France dans les Pyrénées, 1996 (30 tonnes d’acier, 18m de haut et 30 m de large, aire de service « Les Pyrénées »; autoroute A64 Bayonne-Toulouse, point kilométrique 129) — photographies de l’auteur.
Les citations sont tirées de Gilbert Smadja (2003) Art et espace public. Le point sur une démarche urbaine. Les rapports, n°2001-0091-01. Conseil général des ponts et chaussés (pp. 36, 60).



Catégories :art moderne, regardeur

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