Black Hole

Texte : Claire Viallat-Patonnier, janvier 2011
Œuvres : Johan Parent, Collectif LAPS, Didier Hébert Guillon, Amandine Zaïdi
Courtoisie des artistes et de l’auteure.

parent-black-hole-2011.1296933512.jpgUne voiture se remplit de fumée.
Des néons, une lampe, clignotent sans être reliés à une source électrique.
Une cimaise diffuse une lumière intermittente.
Des hauts parleurs autonomes parasitent l’espace sonore d’un grésillement insistant.
Des vidéos témoignent de l’emballement d’une imprimante, du fonctionnement en vase clos de pompes à essence ou encore de la mise en service, à vide, d’une station de lavage.
Une série de dessins projettent des situations analogues comme autant de désordres à venir…

Chaque objet de Johan Parent fonctionne de manière autarcique mais son mouvement trouve un écho dans les rythmes d’installations voisines. Pas de chef d’orchestre pour harmoniser l’ensemble, pas d’unisson, plutôt une propagation de la perturbation.
Chaque pièce est suffisante et vaut pour le tout.

parent-laps-black-hole-2011.1296933602.jpgILKS : Un groupe d’entités qui ont des caractéristiques communes telles qu’elles peuvent être regroupées. Cette définition proposée par l’artiste définit l’accrochage. Les machines sont conçues autonomes, solitaires, indifférentes les unes aux autres mais étrangement semblables. Elles se meuvent sans but précis, leur action est dépourvue de finalité. Elles reproduisent les secousses onanistes de machines célibataires et excitent en conséquence l’espace. Tout vibre et agit de manière agressive sur nos sens, comme une irritation qui persiste, un excès de stimuli qui génère plus de gêne que de volupté.
Tout vibre… mais la chair est triste, contenue, bridée. La sensualité est déplacée. Elle n’est plus le fait de situations corporelles mais s’incarne dans l’objet qui la caricature. Elle n’est pas l’expression d’un érotisme assumé mais d’un dérèglement.
Elle subsiste par procuration.
L’ouverture à l’autre est réelle mais n’est pas une solution.

Les œuvres des artistes convoqués se positionnent en miroir. Elles traduisent de différentes façons un même symptôme et ramènent au centre. Pas plus d’échappatoire que d’horizon. L’espace visuel est saturé ou brouillé (clignotement, brouillard, fumée), autant que l’espace sonore (friture, parasites, acouphènes). Les situations proposées relèvent de l’enfermement (circuits clos, répétition, mise en boite ou en bocaux).
Du coup, le plaisir nait de la contrainte et de la frustration.

La jouissance du pot de peinture de Didier Hébert-Guillon est limitée par l’effet ventouse des substances siccatives de la matière picturale.
Celle du fauteuil d’Amandine Zaïdi black-hole_page_11.jpg procède de l’entrave, de la suspension par les cordes qui en entament et boursouflent le revêtement comme elles le feraient de la chair.

La forme collective de production, qui relie parfois le travail de Johan Parent à celui d’autres jeunes artistes, Emilien Adage, Florian de la Salle, Michaël Paris, accentue la tension, propage le dysfonctionnement en élargissant le cercle mais l’étoilement reste contracté.

Les dispositifs traduisent avant tout les troubles obsessionnels et compulsifs d’une époque, la limite des gestes et la déperdition de leur sens à partir du moment où ils sont transposés dans l’objet et mécanisés.

Black Hole place le spectateur dans un champ gravitationnel qui aliène son attention. Le risque à prendre passe par l’immersion. Il s’agit de céder à la contamination, se laisser pénétrer du trouble jusqu’au bord du trou noir, en ce point précis où l’on perd le contrôle.

« Black Hole » exposition de Johan Parent
avec la participation de
Didier Hébert-Guillon [*], Collectif LAPS, Amandine Zaïdi [*] et Michaël Paris
se poursuit jusqu’au 27 mars
Le Point Commun, Cran-Gevrier

Illustrations : (1)  Johan Parent, La machine, 2008 (caisse enregistreuse en marche, installation performative) & Persistance, 2011 (néons en marche) ; (2) Collectif LAPS ( Emilien Adage, Florian de la Salle, Johan Parent), Black Hole, 2011 (Machines de spectacle) ; (3) Didier Hébert Guillon, Under Suction, 2010 (Pot de peinture de 10 litres de peinture blanche) ; (4) Amandine Zaïdi, Sans titre (Bondage), 2011 (Installation / Fauteuil, corde).



Catégories :art contemporain, regardeur

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