Rusticité de la matière, délicatesse de l’image

balkenhol.1295817385.jpg Bois polychrome sur un piédestal, la pose est légèrement affectée, le visage impavide, le regard lointain sans pour autant être perdu. La bouche aux lèvres charnues forme une mou un peu désabusée, les personnages de Stéphan Balkenhol reçoivent le regardeur avec indifférence. Ils marquent une distance que réduit la simplicité du propos, parfois un soupçon d’humour. Une humanité dont les images se multiplient, comme des reflets sur une surface légèrement ondoyante, et nous renvoient à notre regard. Le qui-sont-ils devient très facilement un qui-sommes-nous. Les personnages de Stephan Balkenhol ne ressemblent à personne, et cependant ils sont tout le monde. Alors ils nous intéressent. On s’attarde, on regarde, on s’interroge.

Bois polychrome sur un piédestal… voilà qui est mal dit. La sculpture et ce qui semble être son support sont  faits d’une seule et même pièce. Un tronc du cœur duquel le sculpteur fait surgir un personnage. Tel Dieu façonnant Adam, avec un geste vif et ferme, en quelques heures, l’artiste fait sortir l’homme ou la femme du bois. Puis, lorsque leur image est assez précise la peinture vient affirmer la présence. Ce sera la seule « finition ». Les traces de la création, copeaux non détachés, échardes, restent en place sans pour autant gêner le regardeur. L’image saisie comme un instantané donne au contraire le sentiment d’une grande fraîcheur, de spontanéité. Une simplicité qui rappelle la ligne clair des bandes dessinées, mais avec une pulsation qu’entretiennent la rusticité de la matière brut et la délicatesse de l’image perçue. Cette pulsation donne une vie, impose une présence malgré la distance affichée, rend possible une forme d’empathie avec les sylvestres homonculus.

Souvent, les sculptures sont mises en scène en établissant une relation entre un personnage et un bas-relief évoquant un paysage pour une scène réaliste (par exemple, « Mardi Gras », 2009 [*]) ou décalée (« Nu avec tablier », 2007), voire ironique (« Relief auto avec homme », 2009) ou encore abstraite (« Composition multicolore », 2010). Narration, esthétique. Réflexion aussi : un personnage dubitatif fait face à « L’origine du monde », origine qui lui est à coup sûr étrangère, alors que, probablement dans la même posture, un peu décalé et hors champ de l’image, le regardeur à son tour s’interroge au-delà du sourire que la situation peut d’abord susciter. L’art de Balkenhol, qui n’est pas sans évoquer celui de Ramette, nous emmène doucement au-delà des images, sans insister, avec une douce efficacité.

L’exposition Stephan Balkenhol au musée de Grenoble
s’est close le 23 janvier 2011.

Catalogue de l’exposition [ici]

Illustration : Stephan Balkenhol, « Composition multicolore », 2010 (Bois peint (wawa) ; Relief : hauteur : ca. 157 x 120 x 4 cm ; Figure : hauteur 170 cm) — Courtoisie Galerie Nosbaum & Reding, Luxembourg



Catégories :art contemporain, choses d'ici, Musée de Grenoble, regardeur

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1 réponse

  1. On peut retrouver l’univers de Stephan Balkenhol jusqu’au 18 septembre 2011 au Kunstforum de Würth à Turnhout (Everdongenlaan 29 (4253) – 2300 Turnhout)

    On trouvera la brochure de l’exposition [ici]

    J'aime

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