Art contemporain sur les bords du Bosphore (1)

Au début de cette année, la revue Géo publiait un numéro hors-série consacré aux « Cent musées européens à ne pas rater ». Un panorama impressionnant auquel il n’y a rien à retrancher, mais peut-être y-a-t ‘il à ajouter. Au moins un musée manque. Un cent-unième musée, celui d’Istanbul. Que ceux qui hésiteraient ajoutent celui de Constantinople. L’Europe, cela ne fait pas de doute, va au moins jusque-là.

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Au bord du Bosphore, à une encablure de la Corne d’Or, solidement ancré dans les docks Karaköy,  Istanbul Modern accueille les visiteurs, depuis fin 2004, pour une croisière inédite au cœur de l’art turc moderne et contemporain.  Art turc ? L’expression est trompeuse. Les œuvres rassemblées attestent la participation des artistes turcs à une recherche universelle, et en particulier grands courants de l’art de la fin du XIX° à nos jours. Istanbul Modern, sous le double signe des œuvres nouvelles (yeni yapitlar) et de nouvelles frontières (yeni ufuklar), permet au visiteur étranger de prendre la mesure de la qualité et de la vigueur d’une création peu présente dans les musées européens, notamment français.

Les œuvres présentées, extraites de la collection permanente, vont de l’expression figurative et abstraite du milieu du XIX° siècle à la période contemporaine, avec une grande variété de techniques des plus classiques aux plus modernes, vidéo et  virtualité numérique.

Je ne peux tout citer de ce que je découvre et retient mon regard,  je me limiterai à quelques lignes pour un parcours reconstruit de l’exposition. Pour commencer, les lutteurs de Cemal Tollu [*] corps puissants sublimés par l’abstraction géométrique, puis un ouvrier de Neşet Günal [*], force de travail matérialisée par un réalisme maitrisé. Plus loin, Orhan Peker [*] saisit l’image délicate d’un jeune vendeur de poissons sous le regard de quelques chats. L’image un peu incertaine, aux traits et couleurs retenus, donne à cette scène banale l’accent d’un poème nostalgique. Ailleurs, entre bas-relief, peinture et installation, les tulles fragiles d’Irfan Önürmen  [*] nous font entrer dans l’intimité triste d’un couple. Ömer Kalesi [*] nous ouvre le passage de la narration à l’abstraction, par une toile angoissante qui prend la tête d’un enfant — peut être d’un enfant — entre les mâchoires d’une forme rouge dont en pressent qu’elle va occuper tout l’espace. Les œuvres abstraites touchent le regardeur par leur musicalité et leur élan, notamment la  composition symphonique de Sadan Bezeyis [*] et les turbulences colorées de Zeki Faik Izer [*]. L’entrée dans la période contemporaine s’accompagne d’un retour à une narration réaliste ou poétique: folie des regards des exclus de l’asile partagée par Şukran Moral [*], folie névrotique des baisers de Nezaket Ekici [*]. La création contemporaine présentée par Istanbul Modern est forte, capable d’ébranler le regardeur, chargée d’un potentiel de liberté qui fait écho à l’annonce de la mort du poète de Cihat Burak [*].

Mes dernières images seront celles de la vidéo-performance-peinture de Selim Birsel [*]. Un mur blanc se couvre des tiges noires d’une céréale improbable. Le geste ample est répété avec rigueur, il répond d’une chorégraphie précise dont la trace dit une temporalité rappelée plus tard par le mouvement fragile d’une toupie lancée par l’artiste.

Istanbul Modern se trouve sur le port, dans le quartier de Tophane, derrière la mosquée Nusretiye sur l’avenue Meclis-i Mebusan.
Ouverture de 10:00 à 18:00 du mardi au samedi, de 10:00 à 20:00 le jeudi. Fermé le lundi.

Illustration : vu du site d’Istanbul Modern depuis le Bosphore (photographie de l’auteur).



Catégories :art contemporain, art moderne, regardeur

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