Entre marbre et mégots, un point suspendu…

kuri1.1280389519.JPGAccéder à l’exposition de Gabriel Kuri au Kunstverein de Freiburg exige d’emblée précaution et vigilance tant il serait facile d’endommager l’œuvre qui nous accueille ; une installation de sable, donation box, qui ne laisse que peu de place pour se glisser vers la caisse où l’on achète son billet. L’instant suivant, au contraire, le regardeur se trouve dans un vaste espace baigné de lumière sur la périphérie duquel sont présentées des formes géométriques qui pourraient évoquer les stations d’une passion abstraite. L’impression de vide est très forte, accentuée par un éclairage diffus mais efficace, tranquille mais carcéral. Une vaste installation. En s’approchant des œuvres  adossées aux murs on découvre que chacune est une création autonome. Assemblages de formes en marbre, géométriques, neutres, sobres dont l’esthétique perçue initialement est contredite par la présence d’objets incongrus : tickets de parking ou de bus pris entre les plaques, doses hôtelières de shampoing posées sur le champ d’une plaque de marbre, mégots…

Le moteur de l’exposition est le déséquilibre qui tire parti de la pesanteur de nos a priori pour créer le mouvement de notre regard. Multiplicité des niveaux de pulsation : entre les œuvres singulières et leur assemblage en une installation cohérente, entre vulgarité d’objets d’un quotidien insignifiant et noblesse du matériau dans lequel sont découpées les formes, entre minimalisme domestique et esthétique. Le regard évolue dans un rapport émotionnel instable, sensation incertaine, hésitation mais pas indifférence. Curieusement.

kuri2.1280389564.JPGkuri3.1280389590.JPGEn montant dans des coursives en mezzanine, on accède à une perspective nouvelle. La montée entre les rampes hérissées de pic anti-pigeons suscite un sentiment de danger et de fragilité. Alors que l’on n’aurait pas imaginé tomber dans l’escalier, on réalise que trébucher pourrait nous conduire à nous blesser en voulant spontanément nous rattraper à la rampe. Risque pas très grand mais très proche dans un environnement familier et étrange. Arrivé à l’étage, il nous faut encore garder des distances. Les pics se dressent impératifs entre le regard et l’espace d’exposition. Incertitude et perte d’équilibre encore, mais sans recours. L’inconfort tient en éveil. Les interrogations se font pressentes. Gabriel Kuri relie références familières et abstraites, donne une indication mais sans conclure : « join the dots and make a point« . Ce point reste suspendu…

Après la visite de l’exposition « join the dots and make a point » de Gabriel Kuri au Kunstverein Freiburg

Illustrations (photographies de l’auteur, aimable autorisation de Kunstverein Freiburg) : (1) et (2) vues de l’instalaltion, Kunstverein Freiburg 2010, Allemagne (courtoisie Gabriel Kuri and Kurimanzutto Gallery, Esther Schipper Gallery, Franco Noero, Privat Collection, Sadie Coles Gallery) — au premier plan de (1)  « donation box », 2010 ;  (3) vue de l’installation, détail, Kunstverein Freiburg 2010, Allemagne (courtoisie Gabriel Kuri).

Plus d’images sur le site de Contemporary Art Daily.



Catégories :art contemporain, regardeur

Tags:,

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :