Que voyons nous en nous que ce regard nous révèle ?

bram-van-velde-dorf-village-worpswede-1923.1277669371.jpg Quel monde embrasse le regard de Bram van Velde ? Ce regard qui éclaire de joie, parfois de malice, le ciel d’un visage que voile par instant la tristesse et la solitude. Visage refermé, le profil s’aiguise pour trancher dans un présent mutique. Combat, bataille ou escarmouche contre quelque chose en lui qui deviendrait visible, pour reprendre son expression. Quelque chose en lui… « Ca m’a toujours fait peur de me montrer à moi-même ce qui peut vivre en moi ». Chaque peinture est une épreuve et l’aboutissement d’une recherche dont le signe est que « l’acte de faire est là ». L’évolution des œuvres exposées impose ce fait : la peinture comme passage de l’idée à l’acte sans la médiation des mots. Idée ou vision ? ‘Idée’ parce que nous pensons le plus souvent en mots ou en signes. Mais ce que l’artiste inscrit dans la matière vient avant l’idée, c’est une vision intérieure qui s’imprime directement dans la peinture comme synthèse du temps, de la matière et de la couleur.

Le parcours de l’exposition rétrospective de l’œuvre des frères van Velde au musée de Lyon va de l’évidence du portrait à l’incertaine référence de l’abstrait. Ce mouvement est net chez Bram dont la présence parait dominer l’exposition. Geer reste plus inscrit dans un réel reconnaissable, même s’il le transcende par le choix de sa palette. En fait, la distance s’accroit entre les deux frères. L’univers de l’un s’assombrit quand l’autre laisse entrer toujours plus de lumière jusqu’à une sorte d’éblouissement contenu par une géométrie rigoureuse. Bram poursuit l’exploration de l’invisible au fond duquel un regard veille sans ciller. Dans la plupart des tableaux un œil atteste une présence obscure vers laquelle est tendu, sans relâche, l’effort de création. Pressentir cette rencontre peut inquiéter. Bram appellera Beckett à son secours lorsqu’il se sentira trop seul face à ce danger [*]. Présence si forte au cœur de la toile que le regardeur est indifférent aux incertitudes du traits ou aux coulures, il est pris par la quête dans laquelle Bram l’entraine. Une émotion confuse nous gagne. Que voyons nous en nous que le regard de Bram nous révèle ?

L’exposition Bram et Geer van Velde se poursuit jusqu’au 2 août
au Musées des Beaux-Arts de Lyon

Illustration :  Bram van Velde, Dorf (Village), Worpswede 1923 (huile sur canevas) — Paris Centre Pompidou, Musée National d’art moderne, Centre de la création industrielle © Paris, MNAM / Photo François Poivret.

Citation : propos de Bram van Velde repris de l’interview diffusée dans le cadre de l’exposition (référence à compléter)



Catégories :art moderne, regardeur

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2 réponses

  1. Que voyons nous en nous que le regard de Bram nous révèle ?

    Quelque chose de plus grand que nous qui nous traverse dans les moments de création. Quelque chose de sacré (même si ce mot fait malheureusement penser à la religion et à ses travers).

    Il y a ce mystère en chacun de nous, qui nous échappe, à première vue. Bram van Velde se détache du réel et va vers ce qu’il sent essentiel. Il nous dit : il y a quelque chose à chercher, mettez-vous en route et laissez-vous traverser. Il cherche la vie.

    C’est le sens du titre de ce blog ?

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  2. Très jeune abandonné par son père, Bram van Velde connaît dans son enfance une misère terrible qui le marquera profondément. Ce n’est que dans les années 1960 que l’artiste connaît une certaine reconnaissance et influence une partie des artistes de l’expressionnisme abstrait.

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