Au bout du compte, les haricots sont dans le panier

coblentz3.1273611836.jpgIl y a d’abord eu l’idée du catalogue, le désir d’inventaire des œuvres au bout d’un chemin. Enfin, pas tout au bout, mais quand le bout est à portée de vue. Un catalogue pour faire le point. Un catalogue dont pourraient émerger à la fois l’évidence d’une permanence, le moteur de la création, et l’effervescence d’un univers, la diversité des thèmes et des matières. Puis, de fil en aiguille, est venue l’idée de l’exposition à la fois écho du catalogue qui a pris la forme d’un bel ouvrage et point d’orgue dans un élan rétrospectif. Le ramassage des œuvres qui ont mûri au cours de ces dizaines d’années s’est probablement fait de façon désordonnée. Ramassage marqué par les hésitations et le travail non linéaire de la mémoire, mais finalement — en reprenant un mot de l’artiste — c’est comme les haricots : toutes sont là, dans ces pages qui nous présentent l’état des choses (1980-2010).

coblentz4.1273609301.JPGBien sûr, on ne peut retrouver toutes ses œuvres dans l’espace compté de la galerie Alter-art qui accueille Christine Coblentz.  Quelques élues sont présentées, jalons d’un parcours qui trouve sa source dans la poussière et s’épanouit dans les nuages, soulevés par « le geste de la ménagère », dont l’ombre de lumière reste sur la toile. Le contact direct de la main et de la matière, dans un geste élémentaire parfaitement maîtrisé, produit l’énergie qui saisit notre regard. Effleurement, tamponnement, nettoiement, poivron, huile, œuf, pigment, papier, ouate et carton, et encore boites de fromage, font surgir des objets qui transcendent leurs origines pour faire œuvre. Ces tableaux, estampes, objets, pour reprendre un mot de Régis Debray, ont plus d’ambition que leur auteur qui décrit avec modestie des processus et des techniques et se défend de toute symbolique a priori.

coblentz2.1273609199.jpgcoblentz1.1273609180.jpgUn objet s’impose au cœur de l’exposition rétrospective de Christine Coblentz comme preuve de l’inaliénable fonction symbolique de l’œuvre d’art. Malgré nous et malgré l’artiste, l’œuvre réussie, juste, nous dit quelque chose. L’émotion permet d’initier une relation, mais elle ne peut durer, elle se transforme dans le temps en une fervente attention à ce que l’œuvre fait entendre. La « Toile aux agrafes » (1983) a la force de cette justesse. Même si sa création n’est pas l’accomplissement d’un projet, même s’il n’y avait pas d’intention, ni de stratégie, au bout du travail au prise avec le métal et la ouate de cellulose encollée il y a une page sur laquelle on peut lire une musique des origines. Rythme, écriture, matière. Page exhumée de la mémoire la plus archaïque par une intuition qui trouve les moyens de son expression dans la rythmique de l’agrafage et la chimie inespérée du Sopalin. « Espace et temps », « ordre et désordre », « cycle vie et mort », écrit dans son autobiographie plastique Christine Coblentz. A ce moment, entre la graphie de l’agrafage et l’image des nuages, il me revient ces mots d’Eduardo Arroyo : « Los libros te ayudan a vivir y la pintura a morir« .

L’exposition « États des choses (suite) » de Christine Coblentz
se poursuit jusqu’au 5 juin 2010 à la Galerie Alter-Art

Illustrations (courtoisie de l’artiste) : (1) carton d’invitation de l’exposition « Etat des choses (suite) » reproduisant l’un des éléments de la série « Les poivrons », 2007 (photocopies sur papier ingres); (2) Christine Coblentz, « Idées de nuage », (peinture) ; (3a pour le verso, 3b pour le recto) Christine Coblentz, Toile aux agrafes, 1983 (ouate de cellulose encollée agrafée sur châssis toilé)  — pour toutes les images : © Christine Coblentz

Citation, en français, tirée de Christine Coblentz, « Ne perds pas ton fil… » (chez l’auteur, 2010, p.4), en espagnol, tirée de l’entretien de Jesus Ruiz Mantilla et Eduardo Arroyo [*] (El Pais Semanal, 5/03/2009 n° 1694, p.29). Le titre de ce billet est emprunté à Christine Coblentz (ibid.). L’allusion à Régis Debray renvoie à son propos sur France Culture le 7 février 2008 (8:30) : « Je n’ai pas le tempérament de mes théories », disait-il avec une élégante modestie.



Catégories :art contemporain, choses d'ici, regardeur

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1 réponse

  1. Merci de soutenir avec autant d’élégance la démarche polymorphe de Christine Coblentz.

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