Sous les cendres, l’art apaise l’impatience (1) Adel Abidin

Jeudi 15 avril, éruption d’un volcan et annulation des vols au départ d’Helsinki. Nous avons du travail, nous notons mais nous poursuivons notre tâche. Cela ne peut durer bien longtemps, n’est-ce pas ? Le temps que nous terminions ce que nous avons à faire et tout sera rentré dans l’ordre.

Vendredi 16 avril… les agences de voyages ne répondent pas au téléphone, les compagnies aériennes non plus, les nouvelles tombent sur Internet : les aéroports ferment en cascade. Le retour commence à nous préoccuper. A la gare centrale d’Helsinki, nous obtenons un numéro dans la file d’attente des guichets internationaux qui ne permettra pas de les atteindre avant l’heure de leur fermeture. Nous filons alors vers une agence de voyage qui nous est conseillée par un finnois compatissant, au 7° étage de Stockmann sur Aleksanterinkatu. Nous obtenons, in extremis, des billets pour un ferry à destination de Stockholm. Restera à trouver des places sur un train pour la suite. Plus rien à faire ce jeudi soir, sinon patienter. C’est l’occasion de visiter Kiasma, le musée d’art contemporain de la capitale finnoise. Il ferme à 20:30.

Kiasma présente plusieurs expositions dont une dédiée à Adel Abidin, explorateur des marges de la culture avec pour boussole l’humour et l’ironie, nous dit-il. Artiste d’origine irakienne résident en Finlande, il a exposé en France en 2007 et 2008, année durant laquelle il fut résident au MAC/VAL [*]. De l’exposition d’Helsinki, je retiens particulièrement les installations vidéos, projetées à une échelle qui immerge le regardeur, dont la force d’attraction tient à l’association habile du spectaculaire et de l’équivoque — hypotypose cinématographique. Ainsi est-on retenu par quatre percussionnistes mis au pain sec, saisi par la tension entre leur posture statique et la dynamique de leur musique. Il se passe peu de chose, au fond, mais pourtant on reste, magnétisé par le rythme, interrogé par l’incongruité de la performance.

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Adel Abidin « Bread of life », 2009 (installation vidéo, cliquer sur l’image)

Retenu encore par le caractère insolite et inquiétant d’une partie de ping-pong sur une table dont le filet est remplacé par le corps d’une femme qui accuse les coups qu’un arbitre comptabilise dans l’ombre. On est certes gêné mais juste en deçà du supportable, probablement parce que des indices maintiennent la scène à distance, dans le registre de la représentation d’une fiction onirique (par exemple, l’évidence du maquillage du corps, la qualité esthétique de l’image). Le regardeur est subjugué par ce qui pourrait arrivé, par un questionnement diffus sur les mécanismes qui imposent cette œuvre.

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Adel Abidin « Ping pong », 2009 (installation vidéo, cliquer sur l’image)

Une autre vidéo nous retient d’abord par l’effet ordinaire d’une connotation érotique, puis plus essentiellement lorsque l’on entrevoit la métaphore de la vie. Le premier sentiment assez trivial est rapidement effacé, remplacé par l’interpellation d’une écriture symbolique à multiples adel_abidin_on_lives_5.1272440856.jpgfacettes.  Avec pour arrière plan un corps dans le plus simple appareil, des mains étreignent une poche plastique au rythme d’une pulsation qui à chaque période fait échapper un peu d’eau jusqu’au moment où il ne reste plus rien. Silence après un dernier spasme, un dernier battement.

Demain, nous serons le samedi 17 avril.

On trouvera [ici] le site d’Adel Abidin avec ne nombreuses images et vidéo, ce site est en anglais. Des informations sur l’exposition qui s’est terminée le 24 avril se trouve sur le site de Kiasma [*], mais en finnois. En anglais, on trouvera une critique de Lauri Nykopp [*] portant sur les vidéos évoquées par ce billet sur le site Mustekala.info. En français on pourra consulter le site d’Arte à propos d’un documentaire d’Alyssa Verbizh [*] sur l’œuvre d’Adel Abidin.

Illustrations : (1) Adel Abidin, Bread of life, 2009 (installation vidéo, cliquer sur l’image pour accéder au film) ; (2) Adel Abidin, Ping pong, 2009 (installation vidéo, cliquer sur l’image pour accéder au film), (3) Adel Adibin, On lives… , 2009 (installation vidéo)



Catégories :art contemporain, regardeur

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2 réponses

  1. « Mémorial » et « Vacuum », deux œuvres d’Adel Abidin exposées à l’Institut Finlandais du 10 février au 9 mars 2011.

    Le communiqué de l’exposition annonce par ailleurs la présence d’Adel Abidin à la Biennale de Venise 2011 où il représentera l’Irak, et une exposition personnelle du 21 mai au 30 juillet à la Galerie Anne de Villepoix.

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  2. Adel Abidin est invité à la Biennale de Venise 2011, au Pavillon Irakien, où il présente « Consumption of War » (2010-2011)

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