Ce billet ment !

Le titre de ce billet dit vrai !

Les allers-retours entre ces deux affirmations tressent rapidement autour du lecteur une nasse logique. Pas d’issue, la contradiction nous tient fermement. Tel est le paradoxe du menteur, un classique de la logique. La solidité de ce piège vient de la position en surplomb de ces deux phrases dont chacune exprime un jugement sur l’autre depuis un espace auquel l’autre n’appartient pas. Jeu du langage et du métalangage. Puissance et risque de la représentation qui se prend pour objet. Poésie, aussi, du texte sur le texte dans le texte. magritte.1271025200.jpgLe phénomène littéraire a un équivalent physique dans la descente à l’infini des miroirs. Poésie, encore, de l’image de l’image dans l’image. Vertige de la mise en abyme. Vertige des mains d’Escher se dessinant mutuellement dans une boucle sans fin*. Nous sommes désorientés par les réalités improbables que nos représentations savent faire surgir, parfois du choc de mots et d’images les plus ordinaires : Ceci n’est pas une pipe ! La vache en rit encore.

D’autres vertiges et incertitudes nous guettent aux limites de nos conceptions spontanées ou savantes du monde. Comme cet étonnement lorsque pour la première on voit la masse s’abattre sur un pieu et quelques temps plus tard seulement on entend le bruit sourd du choc. Il ne s’agit pas d’une bizarrerie de notre perception, mais d’un effet oublié de la différence  considérable entre les vitesses du son et de la lumière. Cette même différence qui nous surprend lorsque nous observons de loin le geste du planteur de pieu, devient un outil efficace quand ayant observé la lumière d’un éclair nous comptons les secondes pour savoir à quelle distance l’orage s’est abattu. Bien sûr, ignorer cette différence est sans effet sur nos occupations quotidiennes, le contraire procéderait d’une vision inutilement pointilleuse de notre univers ou d’un délire poétique. Ainsi, perplexe et amusé, adolescent faisant ses premiers pas en physique, j’ai réalisé en regardant le visage de mon père que le bout de son nez était plus jeune que ses yeux. Et que d’ailleurs il pourrait advenir que je vois son nez mais que ses yeux, en fait, aient déjà disparu comme ces étoiles dont la lumière nous parvient alors qu’il y a bien longtemps qu’elles sont éteintes.

Vladan Radovanović a exploré les limites, les illusions et les contradictions de nos représentations et perceptions, jouant avec le temps, la parole et sa médiation par la technologie. En 1975, il enregistre ce que l’on peut considérer comme à la fois un essai et une expérience : « The voice from the loudspeaker« . Cette création est présentée en ce moment à la Maison Rouge à Paris. Pour ceux qui ne peuvent se déplacer jusque là,  il y a pour alternative la possibilité d’écouter la simulation de Magdalena Pederin réalisée en 2006 dans laquelle le texte de Radovanović est prononcé par une voix de synthèse. Ecoutons :

http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=2246002&server=vimeo.com&show_title=1&show_byline=1&show_portrait=0&color=&fullscreen=1

« the voice from the loudspeaker » une œuvre originale de Vladan Radovanović
reprise par Magdalena Pederin (2009)

La voix de Vladan Radovanović qui interprète son texte, son jeu avec le son, le temps et la machinerie a une autre matière, impose une autre présence à notre raison des problèmes qu’il illustre. L’enregistrement original sur disque vinyle est présenté dans une exposition qui réunit des oeuvres originales de nombreux artistes réalisée dans la surface contraintes des pochettes de 33 tours, ou en utilisant les disques eux-mêmes pour support : « Expérimentations sur le langage et le son à partir des années 1920 et pendant tout le XXè siècle ».

The voice from the loudspeaker
écrit et interprété par Vladan Radovanović
peut être écoutée dans le cadre de l’exposition Vinyle
à La Maison Rouge jusqu’au 16 mai 2010

Illustration : « Ceci n’est pas un Magritte », re-présentation par l’auteur de « La trahison des images » de René Magritte (1929), dessin approximatif mais sans trahison de l’esprit de cette oeuvre emblématique. On peut voir une image de l’oeuvre de René Magritte [ici].

La vidéo re-présentant l’oeuvre de Vladan Radovanović est issue du site de Magdalena Pederin.

On trouve sur une présentation rapide mais précise du Paradoxe du menteur [ici], et un intéressant article d’Anne Reboul dans la perspective des actes de langage []. L’idée de « Mise en abyme » est documentée [ici].



Catégories :art moderne, idées, regardeur

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