Défi à la raison entre deux eaux, Niger et Joliba

5120-img_6161.1264021725.JPG« Le chef Kaouta et son épouse ont été trouvés morts un soir d’orage. Vous conviendrez avec moi que c’est un fait inhabituel. » C’est en tous les cas un fait que l’on ne peut laisser passer sans lui trouver une explication claire, sous quelque latitude que ce soit. Qui donc a tué le chef Kaouta et son épouse ?

Sur les rives du fleuve Joliba, celui que l’on appelle Niger dans nos manuels de géographie, les réponses peuvent se superposer silencieusement ou se télescoper dans un fracas de questions. Des réponses pas toujours les bienvenues. Parfois il vaut mieux ne pas savoir… tel n’est cependant pas l’avis du commissaire Habib qui mène l’enquête sans se laisser égarer dans le maquis des traditions et des lois, l’imbroglio des Dieux et des hommes. Ces hommes qui n’oublient pas qu’ils doivent leur terre et leurs ressources à Maa, le lamantin, le maître des eaux dont la loi compte pour les Bozos autant que celle de la république du Mali. Aussi l’enquête sur cette double mort ne peut-elle être menée à bien sans une sensibilité intelligente aux diverses « réalités » qui façonnent la vie des pécheurs Bozos ; une forme de fermeté et de compréhension face aux croyances, aux incertitudes des peuples ou des autorités. Le commissaire Habib a ce savoir-faire et une capacité très subtile d’adaptation sans compromission avec son devoir. C’est ainsi qu’il peut confier au terme son enquête : « Nous avons arrêté l’assassin, mais il n’est pas sûr que nous ayons gagné, Sosso ; désormais, je me pose beaucoup de questions sur moi, sur nous, les Noirs africains. » Mais je ne vais pas tout vous dire. Vous lirez. Vous vous laisserez emmener sur les pistes les plus évidentes, les plus déconcertantes. A certaines pages, vous croirez avoir tout compris, avec d’autres vous écarterez vos intuitions les plus perspicaces, mais vous n’abandonnerez pas les pistes sur lesquelles vous emmènent Habib.

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L’auteur de cette histoire policière et fantastique, Moussa Konaté, écrit dans une langue qui raconte et transporte le lecteur dans un nouvel univers. Ses accents sont ceux de Bamako. Le style autant que le contenu des aventures nous déplace sur les lieux du crime. Il s’agit certes d’un suspens qui nous distrait, mais aussi d’une réflexion sur le Mali d’aujourd’hui dans lequel avancent ensemble une culture séculaire et une culture émergente de l’histoire récente. Le commissaire Habib le confie à Sosso, avec ce sérieux attentif et discrètement compassionnel qui est sa marque, en parlant assez haut pour que nous puissions l’entendre : « j’ai pris conscience des limites de notre savoir, à nous qui sommes passés par l’école française ou francophone, si tu préfères. Je sais désormais qu’il faut chercher à comprendre ceux qui n’ont pas le même parcours intellectuel que nous, mais n’en sont pas pour autant des ignares ».

Après la lecture de : Moussa Konaté, La malédiction du Lamantin, Fayard Noir (citations tirées des pages 105, 212 et 133)

Illustrations : villages de pécheurs Bozos, sur les bords du Niger à l’est de Mopti, photographies de l’auteur.



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