Accrochage sur la ligne 4

ab-1-dellafrancesca.1253363202.jpg ab-2-vermeer.1253363062.jpg place-holder.1253985090.jpg ab-arton130-157x240.1253307312.jpg ab-645.1253821312.jpg ab-vermeer_girl_interrupted_at_her_music.1253820293.jpg ab-bloemaert.1253820459.jpg ab-richter.1253983257.jpg ab-death.1253877818.jpg ab-cosme_tura_madonna_child_b.1253877915.jpg Rencontrer un tableau que l’on n’oubliera plus est souvent un événement fortuit, comme une rencontre amoureuse. Bien sûr on choisit d’aller là, une exposition ou un musée, comme on se rend à une soirée festive. On est disposé à la rencontre, mais sans cependant préjuger de ce qu’elle aurait lieu. On déambule, on parcourt du regard l’espace d’exposition, on s’attarde sur certaines toiles et parfois on s’arrête. Songeur. On embrasse l’œuvre dans son ensemble. Est-ce bien elle ? Est-ce bien cela que l’on cherchait, cet enchantement ? On hésite, on explore, on examine. On vérifie l’ émotion qu’elle suscite. On recule, on s’avance, on balance, on change l’angle puis on se pose. Contemplatif. Une relation se créée. Sensuelle, d’abord. On palpe du regard, on touche des yeux. Puis plus intellectuelle… l’œuvre évoque des sentiments, des phantasmes, des souvenirs, des idées et comme dans tout dialogue, au fil de l’échange, l’interlocuteur change. La toile prend un sens nouveau. On la découvre, ou plutôt on la crée en lui donnant un sens qui doit autant aux sources de notre émotion qu’aux intentions de sa création. Ce sens peut prendre la forme d’histoires dont l’image donne les premiers éléments, mais parfois, plus indiscrètement, ce sont des recoins de notre jardin secret qui sont révélés par l’émotion de la rencontre. Ce sont ces œuvres que j’affectionne le plus. Je ne manque pas de retourner les contempler. Longtemps.

Au fil du temps, des découvertes, des émotions intenses dans tous les registres de la séduction à l’exécration, le regardeur peut se construire un roman dont les chapitres sont ces images et l’intrigue leur écho dans son imaginaire.

Arthur Thomas a mis en texte cette expérience. Il a imaginé l’accrochache sur le parcours de la ligne 4 du métro parisien d’une dizaine de tableaux décrits et utilisés comme autant de points de départ d’histoires qui résonnent avec les toiles. Une sorte de pulsation se crée entre la réalité des peintures et la fiction de l’écriture.Tout commence avec la rencontre de La vierge de l’enfantement, figure d’une femme discrète, réservée, enceinte mais qui n’en fait pas un plat (sic). La séduction de l’image est telle que le héro, Gaby, ne peut s’en détacher et l’accompagne aussi loin qu’il le peut. Bref échange, un salut, un sourire, quelques mots : « c’est gentil Gaby de m’avoir accompagné ». Puis le sentiment de solitude. Solitude dont le proverbe nous assure qu’elle sera de courte durée comme Forget, au chapitre suivant, le vérifie. Cette fois c’est une Femme lisant une lettre. Une lettre de qui… Forget relève la subtilité du peintre qui « [réussit] à faire apparaitre quelqu’un qu’on ne voit pas ». Il faudrait pouvoir lire par-dessus l’épaule de la dame en bleu, comme ce jour où il lut à la dérobade la lettre de Marie à Ratzinger, un inconnu croisé dans un bureau de poste. Marie, précisément Marie 3, si attentive à séduire, experte en maniement de Rouge à lèvres. Amoureuse dont on ne sait au juste ce qu’elle cherche, comme on ignore ce que peut chercher cette Femme fouillant dans un placard. Transition ici aussi incertaine que dans l’ouvrage, mais on avance.

On poursuit la ballade, parmi les souvenirs et les réflexions sans omettre les phantasmes nourris par le Nu descendant un escalier, ou la vision troublante de La Mort et la femme. Ballade en compagnie de personnages qui vont et viennent au gré des inspirations du narrateur, des Marie 2 ou 3, Gaby, Forget ou Ratzinger. Des petits bouts de phrases en fin et début de chapitre assurent les accrochages à la manière de cadavres exquis. On se perd un peu, il n’y a pas vraiment d’histoire, mais on ne s’ennuie pas. La curiosité parfois même s’aiguise en se demandant quelles ruses l’auteur va trouver pour poursuivre son récit au fil des tableaux dont il a pris soin de nous donner la liste en tête d’ouvrage. La ballade s’achève au terminus et neuf toiles plus loin — c’est bien naturel — par La Madone à l’enfant.

Arthur Bertrand, Le désespoir du peintre, aux éditions Champ Vallon (2009)

Citation tirées des pages 39 et 48 de l’ouvrage.

On peut avoir la curiosité de connaitre les tableaux de cet accrochage métropolitain autrement qu’en les devinant à partir des petites vignettes noir et blanc imprimées de façon incertaine en tête des chapitres. Le web répond à cette curiosité, au moins en partie. Les liens proposés par les vignettes cliquables de ce billet donnent accès à des images en couleur (ces vignettes ont été produites à partir des images des sites auxquels elles renvoient). Laisser un instant le curseur sur la vignette pour voir apparaitre le nom de l’œuvre et de son auteur, puis cliquer pour accéder à l’image source.



Catégories :choses d'ici, lecteur, regardeur

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