Ruines, vestiges… vanités urbaines

cabin-fever-207x300-hst-2009.1252871365.jpgTremblement de terre, cyclone, tsunami, bombardement… on ne sait, mais on devine le tumulte d’un souffle dévastateur dont les sifflements et grondements mêlés remplissent l’espace, poursuivent le silence dans les moindres recoins. Un souffle dont la pression sur les visages ferme les regards. Un souffle qui nous arrête, nous étreint sans que l’on puisse se dégager. Un souffle qui met à bas les murs, décapsule les maisons, balaie les abris d’infortune où nous nous réfugions. L’air impalpable, invisible, révèle sa matérialité tangible dans la libération d’énergie d’une nature déchainée par quelque caprice météorologique ou de l’homme possédé par quelque caprice polémologique. Au climax de la destruction succède le silence, un silence immense, intense, monstrueusement palpable dans son immatérialité. Un silence dans lequel nous nous noyons, le souffle coupé par la dureté du coup porté. L’air manque, nous étouffons. La bouche ouverte ne peut émettre aucun son, les yeux exorbités s’ouvrent sur un paysage qu’ils ne parviennent pas à déchiffrer. Nos esprits interloqués ne peuvent articuler une pensée, juste un cri. Souvent.

Puis vient le temps des ruines et vestiges. Ce que laisse le vent s’érige en œuvres grandioses et barbares que nous contemplons sans comprendre parce qu’elles ne sont que ruptures, éclats, contingences sans passé, ni préméditation. Sans intention. Sans possibilité d’avenir. L’homme, fut-il l’instigateur de ces cataclysmes, ne peut rien revendiquer de la beauté de ces ruines, sa seule création est l’éradication de l’homme. Ces espaces dévastés sont toujours désertiques. Les badauds venus sur place ou agglutinés devant les télévisions, le savent bien qui se rassemblent pour voir ce silence, sentir l’absence, faire l’expérience du vide dont émerge un mélange trouble d’effroi rétrospectif et de soulagement du survivant. Cette expérience, l’œuvre de Duncan Wylie la permet et en permet le dépassement.

Ce mélange paradoxal de plaisir et de tristesse, d’abomination et de séduction, donne à la beauté lumineuse et inquiétante des toiles de Duncan Wylie une force magnétique singulière. Épaves d’immeubles, caravanes et baraques naufragées s’imposent en vanités urbaines, en avertissement du pire dont on a oublié la possibilité. La dynamique donnée à la peinture comme matière, la fraicheur des couleurs, la structuration de l’espace restituent les élans furieux du souffle, fait entendre le tumulte en faisant parler la lumière de la palette. Les compositions relèvent d’une réflexion plastique plus que du document, d’une abstraction plus que d’un témoignage. La complicité des formes et des  couleurs suscite une sensation qui transcende la perception de la catastrophe pour poser la question de notre rapport à la nature. Le réalisme de Duncan Wylie s’approche au plus près de l’universel.

Après la visite de l’exposition des oeuvres de Duncan Wylie au musée de Grenoble du 4 juillet au 27 septembre 2009.

Illustration : »Cabin Fever », Duncan Wylie, 2009 (huile sur toile) — collection de l’artiste, photo Jean-Louis Bellurget, courtoisie Musée de Grenoble.

Pour avoir d’autres images de l’oeuvre de Duncan Wylie, visiter les sites des galeries Virgile de Voldère et Dukan & Hourdequin. Un ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition avec de très belles images des oeuvres : Duncan Wylie, Open House, Archibooks et Musée de Grenoble.



Catégories :art contemporain, choses d'ici, Musée de Grenoble, regardeur

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1 réponse

  1. On retrouvera des oeuvres de Duncan Wylie au Musée-chateau d’Annecy, à partir du 27 novembre 2009 jusque mars 2010, dans le cadre de l’exposition « Poétique du chantier ».

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