Echantillon 80, second prélèvement

magasin-annees-80-affiche.1251542064.jpg Le titre choisi pour le second volet de la rétrospective des années 80 présentée par le Magasin est particulièrement général : « Images et (re)présentations« . Mais il ne faut pas s’y fier, le sujet est en fait très particulier : l’art prend l’art pour objet. C’est l’idée même d’image et de représentation qui est en question comme le suggère le dépliant remis au visiteur qui annonce la présentation d’un travail de reproduction, d’emprunt, de transformation de l’espace médiatique (autre espèce d’espace) « pour en construire une critique ou encore une théâtralisation ». Le regardeur doit  s’attendre à ne pas pouvoir se contenter de ses sensations et de ses émotions, il va falloir penser pour voir et ne pas manquer l’essentiel : le travail à partir « des règles de la peinture moderne telles quelles ont été édictées par le critique d’art Clément Greenberg » ou les effets d’un appui sur la théorie développée par Michel Foucault dans « surveiller et punir ». Sans préparation particulière, bachotage et révisions, peut-on prendre le risque de la visite ? Il semble que oui…

Les premiers pas dans l’exposition sont accompagnés par la bande son d’une vidéo de Dara Birnbaum, un montage réalisé à partir des images d’une série télévisée culte (wonder woman). Le son assez fort crée une ambiance peu propice à la contemplation des toiles de la salle voisine, notamment si l’on veut se laisser emmener dans le mystère d’une nuit de Robert Yarber. En revanche, l’accord avec le personnage de Richard Hambleton est presque parfait. Une silouhette, saisie dans un élan désarticulé, fixée sur la toile par un large pinceau évoquant une manière de calligraphie chinoise, fait écho à la confidence de Jenny Holzer et Lady Pink : « I am not free because I can be exploded at any time ». Collision innatendue d’une image du street art et d’un accrochage classique qui fait art.

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La visite se poursuit, un peu comme dans un musée, magasin-greenblat.1251540510.jpg parmi des œuvres — peintures, sculptures, vidéos ou installations — souvent étrangères les unes aux autres, qui susciteront chez le regardeur ordinaire, selon son goût ou son humeur, l’étonnement, l’interrogation ou l’indifférence, un sourire ou un frisson. Le connaisseur trouvera sûrement un autre fil de lecture parmi ces images et représentations. Il nous dira. La déambulation dans la pénombre vibrante de projections vidéo en grand format prépare subtilement la surprise de la découverte d’une salle fruit rouge, clinquante, aux confins de l’exposition. Contraste ou dissonance, un instant sucré salé. La couleur de la salle et son mobilier très kitsch créent le sentiment d’un dépaysement joyeux, burlesque, un peu fou. Dans un meuble au décors enfantin de Rodney Alan Greenblat, un poisson nous signale que cette représentation magasin-zwillinger.1251540626.jpg d’une banlieue immergée est un aquarium (mais Greenblat  confie sur son site que le poisson n’est pas obligatoire, la destination de l’objet devient alors un mystère…)  et un reliquaire de Rhonda Zwillinger, souvenir d’une soirée à Paris, que ne renierait pas un touriste fétichiste. Au mur, dans un accord de couleur parfait, un portrait d’Alain Séchas suggère la circularité de notre interrogation. Ce pourrait être celui du regardeur mettant en forme ses notes d’après visite.

magasin-sechas.1251632003.jpg En quittant le Magasin, avec sous le bras les deux forts volumes publiés à l’occasion de cette exposition, le regardeur peut savourer le plaisir d’avoir encore une fois trouvé son bonheur dans le grand bazard de l’art contemporain. Et quelques interrogations aussi. La logique de la sensation peut guider les pas et les idées, mais qu’en aurait-il été s’il avait à cela ajouté celle d’une connaissance de l’époque et de ses ambitions ?

L’exposition « Les années 80. Images et (re)présentations » se poursuit jusqu’au 6 septembre

Illustrations (cliquables) : (1) affiche de l’exposition ; (2) vues de l’exposition (courtoisie Le Magasin) avec, à gauche, « Man on floor », Robert Yarber, 1985 (huile sur toile), courtoisie Sonnabend collection, et à droite, « Nairobi », Richard Hambleton, 1982 (acrylique sur toile), Collection Eric & Suzanne Syz, Switzerland ; (3)  « Underwater suburbs« , Rodney Alan Greenblat, 1983 (peinture acrylique sur un meuble trouvé, aquarium), courtoisie de l’artiste ; (4) « Evening in Paris  » (« Cartier » selon le site de l’artiste), Rhonda Zwillinger, 1986 (technique mixte), courtoisie de l’artiste ; (5) « La tête violette« , Alain Séchas, 1986 (acrylique sur toile), collection FRAC Poitou-Charentes, photo Christian Vignaud.

Autres œuvres citées et quelques liens : « Technology transformation : wonder woman« , Dara Birnbaum, 1978 (vidéo couleur et son, 5’50) « I am not free because I can be exploded at any time« , Jenny Holzer / Lady Pink , 1983-1984. Sites de Rodney Alan Greenblat, de Rhonda Zwillinger et d’Alain Séchas.

On trouvera un billet sur le premier volet de l’exposition [ici]



Catégories :art contemporain, choses d'ici, MAGASIN, regardeur

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