Un aventurier en rade de Brest

affiche_hdem.1247638352.jpg Henry de Monfreid appartient à mes souvenirs de lecture. Goût d’aventure et saveur rebelle. Tout cela n’est pas très précis. A vrai dire, je ne sais plus très bien… sauf un titre, bien présent à ma mémoire : « Les secrets de la mer Rouge ». Aussi n’ai-je pas hésité à mettre à profit quelques heures de liberté à Brest pour visiter l’exposition qui lui est consacrée. Deux grands ensembles de photographies, les années 1919-1920 en couleur, les années 30 en noir et blanc.

Les photographies colorisées, de grand format (62×45), sont moins un témoignage documentaire — comme je m’y attendais — que celui de l’émotion de Monfreid ; nostalgie — peut être — explorée par l’aventurier en rapportant la couleur sur les images noir et blanc d’origine. Les plaques de verre retravaillées relèvent d’une esthétique évocatrice d’un autre genre, la peinture qui s’appuie sur la photographie mais la dépasse. Le « Coté madréporique de la Mer Noire » a la beauté onirique des nymphéas, le « Crabe dans les racines de palétuvier » compose un espace abstrait où le crabe prend une valeur de symbole. La force de séduction de l’exotisme est patent dans les figures de jeunes esclaves souriantes. De jeunes esclaves souriantes… malgré la qualité des images nous ne pouvons manquer de penser avec sévérité au décalage entre le sort sombre de ces esclaves et l’image riante qui en est donnée. Mais la beauté suggestive de l’image l’emporte. Triste tropisme. La surprise enfin, en découvrant le cliché comique et improbable d’une « Femme kotou soufflant pour faire venir le lait ».

Retour au noir et blanc strict, pour un témoignage parcimonieux, sobre et direct des coulisses d’un trafique de marchandises, de la guerre italo-éthiopienne dans les années 30, de toutes les guerres et toutes les misères dans « les ruines de Moka ». Au premier plan de cette dernière photographie, le portrait en buste d’une vieille femme qui émerge de la marge de l’image en rappelle de fragilité et d’innocence. Pour le reste, la désolation d’un paysage de destruction. Dans un angle, occupant un plan intermédiaire, l’image incertaine d’un paysan sur son âne. Cadrage sobre, classique, atemporel. Ultime image avant de quitter l’exposition, message d’un ensemble dont les contrastes illustrent les fascinations, les émerveillements, les ambiguïtés et les pesanteurs de notre histoire africaine.

L’exposition Henry de Monfreid se poursuit jusqu’au 29 août 2009

Illustration (cliquable) : affiche de l’exposition à la bibliothèque d’étude de Brest. On peut trouver de nombreuses images et des éléments sur le site dédié à Henry de Monfreid.



Catégories :regardeur

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