Un puissant désir de changer le cours des choses

rsf.1242981217.jpg Quels que soient les progrès techniques, la photographie de reportage noir-et-blanc produit les images qui me touchent le plus sûrement, le plus directement. L’absence de couleur accroît l’importance du cadrage, du regard, nous rapproche  de celui du reporter, affirme l’évidence du sujet. Un sentiment de vérité s’impose à la conscience. Pour autant, la lecture de l’image n’est pas dictée. Le noir et blanc met à distance l’accessoire et concentre l’émotion sur l’essentiel, ce qui lui donne son efficacité rhétorique. Il exacerbe une vision douloureuse, scandaleuse, révoltante mais aussi dérisoire voire comique. L’album Don McCullin récemment publié par Reporters sans Frontières réunit cent photographies de guerre, et de paix parfois. Cet album n’est pas un simple recueil d’images mais un véritable ouvrage qui mêle histoire et réquisitoire. Atemporelles, ces photographies disent, interrogent, explorent, expliquent. Photographies de toutes les guerres, de toutes les misères, elles parlent, interpellent, infligent, affligent, obligent le regardeur à sortir du seul rapport  contemplatif à l’art de l’image argentique.

photo_052109_001.1242980956.jpgUne double page nous indique notre place, exactement. Un homme de face, l’air défait, désemparé, désabusé sur un fond de soleil noir, dans un désordre d’objets fatigués… presque des déchets. Évocation d’une ruine qui advient, d’une misère qui s’installe. En regard, le même, de profil. Les épaules tombantes confirment la fatigue. Peut être le renoncement. Tristesse. De face et de profil, diptyque de l’enregistrement d’une mise en examen. Ce pourrait être moi, vous, nous…  que faisons nous de cette l’Humanité ? Qu’y pouvons nous ? Possibles légendes, au lieu de celle-ci : « Le peintre Francis Bacon dans son atelier, Londres, Grande-Bretagne, 1982 ». Alors on pense au cri, pas celui que l’on imagine soudre du fond de toutes ces images, mais celui des toiles de Bacon. Son propre procès de l’Homme en désertion d’Humanité. Ou notre propre cri de fuyard de la réalité, hurlant notre terreur, notre frayeur, notre fureur. Si nous en étions capable. Si nous n’étions cloués devant chaque cliché par la sidération. La sidération d’abord, sûrement, puis un puissant désir de changer le cours des choses. On voudrait le dire à Don McCullin et aux reporters auxquels est dédiée cette publication.

« En achetant cet album, vous aidez Reporters sans frontières à soutenir les journalistes qui parcourent la planète pour nous raconter ce qui s’y passe. Ils sont notre œil au milieu du cyclone. Sans leur présence permanente sur le terrain, il est à parier que les combats seraient plus meurtriers encore et les ‘dommage collatéraux’ toujours plus nombreux ».

Album est en vente chez les marchands de journaux et dans les librairies, maisons de la Presse et Relay, la FNAC, Virgin, les grandes surfaces.

Illustrations : (1) couverture de l’album « 100 photos de Don McCullin pour la liberté de la presse » publié par Reporters sans frontières. (2) citation photographique, double page de l’album.
Citation finale extraite de l’éditorial de Jean-François Julliard, page 007 de l’album.



Catégories :idées, photographie, regardeur

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