Allez voir, c’est géant !

altmejd-1.1237882404.jpg Il y a peu, petit Paul courrait en tous sens, sautait, hurlait son plaisir de bouger au grand dam de ses parents qui désespéraient de le calmer à l’approche du Magasin, temple de l’art contemporain en notre cité. Le voici maintenant figé dans une admiration incrédule, intimidé et fasciné à la fois.

Passée la porte un peu triste qui donne accès aux galeries d’exposition, petit Paul s’est engagé, intrigué, dans un tunnel de verre, métaphore inattendue d’un art qui renvoie sans cesse le visiteur à lui-même. Les hésitations des adultes qui l’entourent ne le rassurent pas… Il débouche dans une grande salle, fait du regard le tour des lieux puis lève les yeux vers le personnage  campé à l’entrée. Un grand bonhomme, hautain, le regard perdu vers un horizon qui se répète à l’infini dans le jeu des miroirs. Petit Paul tombe a genou et scrute les jambes de la sculpture : ils l’ont cassée, regarde, ils l’ont vraiment cassée… la glace par endroit est brisée, percutée, abîmée sans que petit Paul puisse décider ce qui vient des aléas des montages et démontages, et ce qui vient de la main de l’artiste, folle ou maladroite. Le personnage se laisse examiner, impavide. Le beau vieillard à la barbe blanchie se déglingue — un bras est tombé à ses pieds — mais semble ne pas y prêter attention. Il est curieusement doté d’un escalier dans la cuisse et, autre curiosité, il porte un casque qui lui donne un air de légèreté presque divine a contrario de sa pose théâtrale un peu lourde. Un dieu ou autre chose… peut être la maquette d’un chantier, le bras n’est pas encore à sa place et l’escalier est provisoire, il permet aux ouvriers de monter dans le monument et d’en poursuivre la construction. Enfin… si on suit l’escalier on est surpris par le point où il parvient. Plaisanterie, symbole ? Petit Paul déborde de questions et ses parents se perdent en conjectures entre l’art et l’attraction.

Le naturel lui revenant, petit Paul sort de sa réserve et entreprend l’exploration de ce nouveau terrain de jeu. Une espace sans cesse renouvelé par les multiples reflets des choses et des gens ; des dizaines de petits Paul, ses parents omniprésents et les géants, enfin les géants…

altmejd-2.1237882414.jpg La mise en scène des sculptures est construite pour en imposer, un dispositif à grand spectacle. Le public déambule dans une salle dont les horizons sont repoussés à l’infini par les parois réfléchissantes, démultipliant la présence du visiteur, le faisant autant acteur que regardeur. Les six sculptures-architectures sont disposées sans ordre manifeste. Cependant, attentif, on peut deviner une installation circulaire, invitant à un mouvement de la narration au poème, du mythe au symbole. Un cercle dont les rayons virtuels créent échos et résonances. Au géant (untitled 2007) qui s’impose à l’entrée fait écho dans une opposition diamétrale à un titan en décomposition (untitled 2007) suspendu dans l’espace des reflets, repoussé par le surgissement d’une macle énorme. altmejd-3.1237882423.jpg Sur un autre axe s’opposent la masse d’un sarcophage réticulé (untitled 2007), moulage mnémonique de la puissance, et une explosion gorgonale (untitled 2007) imposant la force de l’esprit à celle disparue d’un corps. Le troisième axe affirme le mouvement de l’objet vers le signe, l’élan de conceptualisation. Il oppose en ses points extrêmes un assemblage de parallélépipèdes ponctué de deux impacts (untitled 2007) marquant l’absence de regard et l’affirmation anthropomorphe, et le réceptacle d’un propos (untitled 2007) énigmatique ; des mots courent sur une surface qui renvoie notre image : index, fox, pelvis, cervix, eye lid, racoon, oak. Lexique équivoque sur lequel veille l’étoile de David Altmejd, créateur que la quête d’une séduisante magnificence ramène à une universelle inquiétude.

Pendant que les grands s’efforcent de percer le mystère des géants et de décoder l’écho des « sans titre » dans le jeu de miroir de leur incertitude, petit Paul gambade et s’émerveille. Le regardeur cherche l’illumination du cœur et de l’esprit, les effets de lumière ne lui suffisent pas. Petit Paul, lui, s’en fiche. Amené à contre cœur au temple de la culture d’aujourd’hui, il est ravi, soulagé et conquis. Il  invente de nouveaux jeux, il court après son reflet, défit les géants de légende de son agilité toute neuve. Petit Paul ne se lasse pas. Sûr qu’il leur dira, demain, à l’école, à ses copains : allez voir, c’est géant !

L’exposition David Altmejd se poursuit jusqu’au 26 avril 2009

Illustrations (cliquables) : (1) David Altmejd, Untitled 2007, photo: Ellen Page Wilson, courtoisie Andrea Rosen Galery ; (2) et (3) Vues de l’exposition David Altmejd au MAGASIN – Centre National d’Art Contemporain de Grenoble du 1er février au 26 avril 2009. Crédits photographiques © Magasin / Ilmari Kalkkinen

Voir aussi le billet de Jocelyne Artigue

Plus d’images sur les sites de présentation de l’œuvre de David Altmejd à la Galerie Modern Art (notamment The Healers) et à  l’Andrea Rosen Gallery.



Catégories :art contemporain, choses d'ici, MAGASIN, regardeur

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2 réponses

  1. Des géants de David Altmejd sont exposés jusqu’au 11 novembre 2009 dans le cadre de l’exposition DreamTime à la Grotte du Mas d’Azil (Ariège).

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  2. David Altmejd est le lauréat 2009 du prix des arts Sobey, l’un des prix les plus prestigieux en arts visuels au Canada. [plus d’info]

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