L’album émerveillé d’Henriette

Boulevard Saint Michel, H. Delauras, 1930 (coll. part.)On l’imagine, arrivant à Paris après un long voyage, jeune provinciale avide de découvertes, d’expériences. Au sortir de la gare, elle se dirige vers la Seine, remonte les quais avec cette superbe perspective sur Notre Dame, et rapidement se fond dans la foule germanopratine.  Elle trouvera un logement modeste rive gauche, une chambrette avec une vue sur la ville qui la fascine et qu’elle adopte. Son Paris : « J’ai tant couru mon Paris, les têtes de chez Graff, le petit jour à Montmartre, la place Blanche, mes ponts et mes vieilles rues« .  Le regard affuté,  elle saisit l’essentiel dans l’ordinaire, l’expression dans la posture, la personne dans la silhouette. Elle enregistre et témoigne. Elle raconte à la façon des premiers reporters de notre quotidien, les street photographs. Cependant ce n’est pas l’appareil photo à la main, mais avec ses pastels et du papier qu’Henriette Delauras [*] croque la vie parisienne.

deloras.1232397264.jpgLa Tour de L’Isle dans laquelle le Musée de Grenoble a organisé l’exposition de ces pastels se visite comme on feuillette un album. La technique n’a pas la réputation d’être majeure, mais la constance presque ethnographique dans l’inventaire, l’évident émerveillement, l’enthousiasme qui donne aux  croquis toute leur chaleur, l’attention et la sensibilité pour saisir au vol une attitude, une scène, font de cette collection d’images un témoignage d’un intérêt historique et artistique. Henriette Delauras démontre la pertinence de son choix plastique à contre-courant des idées reçues. Même ses reproductions rapides de toiles de maîtres nous touchent comme ces clichés pris dans un élan impératif pour noter l’instant d’émotion suscitée par une œuvre, pour conjurer le risque de l’oubli. Elle ne copie pas ces maîtres, elle nous parle de ses rencontres.  Des instantanés, des souvenirs rassemblés, qui racontent et ne montrent pas seulement. Le  regard est engagé. Il prend position par toutes « ces images qui d’un même mouvement aiment tout et ne pardonnent rien« , comme l’écrit avec beaucoup de justesse Rémi Labrusse. L’intérêt pour les carnets de voyage d’Henriette Deloras grandira avec le temps qui passe. L’originalité de cette oeuvre ne cesse de s’imposer.

L’exposition Henriette Deloras se poursuit jusqu’au 25 janvier 2009

Illustrations (cliquables) : (1) Femme au café à la cigarette, pastel, Henriette Delauras 1931 (coll. part. tous droits réservés), (2) Boulevard Saint Michel, pastel, Henriette Delauras 1930 (coll. part, tous droits réservés).

Plus d’images : voir le site de l’association « Autour de Jules Flandrin et Henriette Deloras « , notamment ici.

Citations : (1)  Henriette Deloras [1901-1941] « Paris » (2004) Aix les Bains: Musée Faure (citation extraite de la page 21) ; (2) Rémi Labrusse (2008) Désordre mineur in: Henriette Deloras. L’instant d’une vie (pp.58-71). Grenoble: Musée de Grenoble (citation extraite de la page 67).



Catégories :choses d'ici, Musée de Grenoble, regardeur

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