Encore un jeu ou déjà autre chose…

Intimidante, l’assemblée de jeunes femmes que je visite ce matin là. Toutes de finesse ou de rondeur, le corps délicatement halé et moulé au plus près ou d’une blancheur vive parée de couleurs vigoureuses. Femmes de bronze et de résine. Féminité revendiquée dans des registres très contrastés que réunit une même célébration de la séduction et d’une sensualité classique mais sans conformisme, originale mais sans reniement.

352-petit-loup-h63-x-50-x-45-7.1225478331.jpgJ’allais quitter la galante compagnie lorsque j’ai aperçu un drame en train de se jouer, silencieusement, dans l’indifférence générale. Une femme et ses trois enfants emportés par un coup de vent. Quatre personnages aux postures dictées par une chorégraphie pathétique précisément réglée et d’une puissante légèreté. L’inscription rigoureuse dans l’espace permet d’imaginer les événements qui auraient précédé et ceux qui pourraient succéder à cet instant saisi dans un bronze polychrome en rupture avec les présentations un peu répétitives de gracieuses féminités. Le mouvement est rapide et fluide, seulement suspendu par l’intrusion du regardeur. Onirique, il évoque les scènes aériennes de Chagall.

Mais le regard des personnages, concentré sur ce qui se joue, ramène la sculpture à une réalité qui peut nous être proche : l’émotion esthétique ne suffit pas à expliquer l’attachement à cette œuvre. Il faut chercher ailleurs des raisons bien plus profondes. Prendre le temps de lire : le vent, dont on perçoit toute la force et la brutalité, n’emporte pas les enfants mais la mère dans une grande échappée vers le ciel que son corps renversé désigne. Une fillette, la cadette, probablement, est elle aussi soulevée par la rafale. Léger, son corps est déployé comme un drapeau. Étonnée, elle flotte au vent mais ne parait pas être emportée. La mère est le point central de la tension dramatique de ce moment. Elle tient fermement la poussette. Son corps, élégant, ne suggère pas la fragilité. Son regard n’est pas absent mais s’absente. Résignée ? L’autre fillette, l’ainée assurément, paraît demeurer le seul lien avec le sol et retenir sa mère qu’elle regarde interrogative ou expectative. Sur son visage je devine une imploration triste. Reste la poussette : le petit loup. Il est surpris. La poussette tangue un peu. Est-ce encore un jeu ou déjà autre chose…

Petit loup est une sculpture que l’on voudra revoir. Elle ne livre pas ce qu’elle a à nous dire à la première visite. Elle fait partie de ces œuvres que l’on peut regarder et regarder encore, sans se lasser. Une nouvelle pièce pour mon musée imaginaire.

Illustration : Petit loup , Josepha (2007) — Bronze polychrome h63x50x45. Source : galerie Le Vent des cimes (Grenoble). 

L’exposition Josepha se poursuit jusqu’au 30 novembre 2008



Catégories :regardeur

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1 réponse

  1. Nouvelle exposition, à la Galerie Vent des Cimes , du 12 mars au 14 mai 2011.

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