Des tresses de vies

payan-aures.1220195846.JPG Le journal des frères Schiller noue une tresse tragique dans laquelle est prise la plus violente des actualités, le plus sombre des passés et la plus douloureuse des incertitudes. Il tisse des liens étroits et mortifères entre les histoires contemporaines et actuelles de trois pays. L’Algérie, l’Allemagne et la France. L’un des brins faufile un rapprochement entre nazisme et islamisme avec le fil blanc de la terreur. La couture tiendra probablement mal dans le temps, mais elle invite à la réflexion. Un autre brin est tiré en défaisant les mailles du filet que tissent les clercs de l’insurrection au coeur d’une jeunesse sans espoir. Le troisième brin, le plus solide, qui tient ensembles les cahiers des deux journaux intimes reliés en alternance pour constituer ce livre, est celui de la recherche  des origines. Thème éternel et universel, certes, mais dont l’exploration est servie ici par une sensibilité et une intuition véraces. Drames éthique et de l’identité. Drame d’enfants survivants et orphelins, toujours dans les moments qui suivent la mort des deux parents, sur fond de combats incessants et lourds.

Rachel part le premier à la poursuite du père sur les traces resurgies de l’histoire après qu’il fut égorgé au village. Face à l’insupportable, le suicide comme expiation. En vain. Malrich part à la poursuite de son frère et du secret secret séminal. Le déjà révolté ne trouve pas de réponses, seulement des questions.

La vie peut être assez bonne pour qu’on échappe à la question de l’héritage. Elle peut… Mais parfois elle refuse cette grâce. Il faut alors comprendre et comprendre ce que l’on peut accepter, assumer, de la filiation. C’est là, je pense, toute la force de ce livre, plus que dans les rapprochements historiques ou les analyses de notre actualité. Deux frères sombres et déterminés, chacun avec son tempérament mais tous deux réunis dans le vertige d’une origine qu’ils ne peuvent qu’interroger. Un mystère qui s’ouvre et se referme comme une naissance et une tombe : « la vie est d’une tristesse absolue ».

Boualem Sansal , Le village de l’allemand , Gallimard 2008 (citation p.259)
Interview de Boualem Sansal sur YouTube
Illustration : Terre des Aurès, Charles Payan, 1975



Catégories :lecteur

1 réponse

  1. Envie de lire ce livre,
    même si je trouve que la vie n’est pas d’une tristesse absolue,
    cruelle souvent…

    J'aime

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