A l’instant tout se brouille

Dernier instant. Comment ne pas le manquer ? Retenir son soufflemamj-051031.1210531632.jpg devant cet autre qui s’éteint. Retenir… Revenir… Tout reprendre, mais autrement. Cet instant et tout ce qu’il y avait avant. Rien n’avait jamais été pour toujours. La colère était bonne, on pouvait espérer. Les rires forgeaient l’oubli, annonçaient le retour. Revenir. On peut toujours revenir, mais pas de ce souffle qui s’en va. Expérience de la non expérience, puis le monde bascule de l’autre coté de la mémoire. Ce n’est pas comme l’on croyait. Ce n’est pas ce que l’on en disait. C’est fugitif et impératif. Effondrement silencieux du temps. C’était hier, ou plus loinmamj-051031-nb.1210531656.jpg encore. Jadis ou naguère. Les parfums sont les premiers à s’évanouir. Puis les matières de la voix. Un écho léger, un timbre incertain. Le visage se brouille dans les multiples visages de moments qui se superposent, se mèlent, se confondent. Alors on vérifie, on recherche les preuves dans ces images collectionnées au fil du temps. On hésite sur ces maigres traces qui s’érodent. Traces d’instants que l’on voulait inoubliables lorsqu’ils n’étaient qu’effleurements de l’Histoire. Comment était-ce ? Que disait-elle ? Elle… quoi, on n’estmamj-051031s.1210333557.jpg déjà plus certain ? Est-ce elle ou est-ce notre souvenir ? A chaque nouvelle question la disparition s’accentue, s’affirme, s’impose, nous met au défi. Alors commence l’histoire. La vraie. L’histoire que l’on raconte à ceux qui n’étaient pas là, qui ne l’ont pas connue. Eux qui ne savent pas. L’histoire que l’on se raconte pour reconstruire le temps. L’histoire comme une arme pour conjurer un mouvement dont on sent la menace de l’achèvement. Maintenant elle peut revenir, dans la majesté de l’absence. Point de départ. Le roman familial se réécrit.

Ce billet risque l’écriture, il est aussi l’écho de lectures. Une manière de rendre hommage et de témoigner de mon émotion à la lecture de The year of magical thinking de Joan Didion (* 2006, Vintage International) et de Pas à pas jusqu’au dernier de Louis-René des Forêts (* 2001, Mercure de France) — Ce mardi 28 octobre, L.S.



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